L’oreille casquée et le stylo en alerte, tout au long de la journée, j’amasse le son des mots, les bruits des langues, et l’à-côté des LiMès. Des éclats de festival qui s’accrochent et restent en tête. Noémie à l’écriture et à la voix, assistée par Gwendoline pour le support technique et intellectuel.
Retour sur les performances de Delphine Saint-Raymond, comédienne sourde et interprète de chantsigne. Les textes interprétés sont ci-dessous.
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Victor HUGO, « Océan »
Fuir, dans la vie, c’est la ressource.
Ressource des poltrons; ressource des vaillants aussi.
On fuit de deux façons: devant quelque chose, et vers quelque chose; devant le mal
qu’on ne veut pas faire et vers le bien qu’on veut retrouver.
Dans le premier cas on s’échappe; dans le second, on se réfugie.
Mon premier cri en entrant dans l’exil fut: par où s’en va-t-on?
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Léonora Miano, Afropea
J’habite un terroir intérieur un espace sans limites trois langues l’écho de quatre cultures. J’habite des ancêtres multiples une parole propre Centrale parce que périphérique porte mes cicatrices avec élégance ne revendique pas affirme dis tranquillement. Je suis Ne cherche pas ma place la créee la tienne aussi. Je suis N’éprouve ni haine ni crainte Je suis ni haine ni crainte. J’écris les pages de mon histoire la tienne Mets du piment dans ma blanquette aime mon rôti avec de l’igname mon tartare avec des plantains frits Connais le passé sans y séjourner sans le sacraliser Apprends du passé pour tracer ma voie Je suis une voie J’habite un terroir intérieur Je suis une position pas une posture Une vibration un souffle une émotion un appel une conjonction une intense intention. L’heureux événement. Je suis une donnée complexe flexible une attitude symbolique politique une contrée concrète immatérielle fructueuse une terre sans borne Fertile Mes frontières assemblent ne tranchent pas assemblent ne découpent pas ne mutilent pas. Je marche devant le jour qui vient Je suis la beauté qui se fait Je suis un achèvement Je suis un apaisement.
Ce texte prose, Delphine le retravaille afin de pouvoir le chantsigner. Voici sa version:
J’habite un terroir intérieur / Pays en moi intérieur
un espace sans limites limite / limite? Non: ouvert.
trois langues / En moi: langue, langue, langue.
l’écho de quatre culture / Culture: en moi, en moi, en moi, en moi.
J’habite des ancêtres multiples / Arbre généalogie personnes en moi,
une parole propre / j’exprime : mien,
Centrale parce que périphérique / autour et en haut entrent (dans main G).
Porte mes cicatrices avec élégance / Scarifications, blessée: montre (fière).
ne revendique pas / Je défense? Non.
affirme / Je franc (affirme)
dis tranquillement / Mot, mot, mot : tranquille.
Je suis / Je suis
Ne cherche pas ma place / Pieds en l’air? Non: sur terre,
la crée / pousse tige, arbre,
la tienne aussi / vous aussi.
Je suis / Je suis
N’éprouve ni haine ni crainte / Je hais, j’ai peur? Non.
Je suis ni haine ni crainte / En moi: haine, peur: n’a pas.
L’oreille casquée et le stylo en alerte, tout au long de la journée, j’amasse le son des mots, les bruits des langues, et l’à-côté des LiMès. Des éclats de festival qui s’accrochent et restent en tête. Noémie à l’écriture et à la voix, assistée par Gwendoline pour le support technique et intellectuel.
Avec Valérie Osouf et Nicolas Ferran, présentation par Frédéric Detue et Théo Martineaud
[youtube https://www.youtube.com/watch?v=gAmVS2BVpMU]
Par Marie, Thomas, Gwndoline et Sarah
Les films avaient été projetés le mardi 26 janvier à l’université, en amont du festival.
Nous avons pu assister à une inauguration officielle.
Puis les rencontres ont commencé…
D’abord, Bernard Noël nous a parlé de Bruits de Langues (le poème !).
Puis nous avons écouté les deux réalisateurs Valérie Osouf et Nicolas Ferran évoquer pour nous les questions d’identité nationale.
Ensuite, c’était le tour de Lidia Jorge, une auteure portugaise présentée par Morgane et Amandine.
Enfin, pour clore la journée, deux lectures théâtralisées. Les élèves du conservatoire avaient travaillé sur des extraits de Za de Jean-Luc Raharimanana ; et l’auteur Laurent Colomb nous a offert des lectures très expressives de son recueil Autochtones.
Ce mardi 31 fut l’occasion de rencontrer des auteurs contemporains et du monde de la scène, Alexandra Badea, Joël Kerouanton et Philippe Vasset.
« Je recherche dans la littérature des espaces inhabitables pour trouver une écriture, dans ma tête j’ai 12 ans et je construis des cabanes. » Philippe Vasset
« Le spectacle est dans les regards. » Joël Kerouanton
« Je pars de moi et je transfert cela sur un personnage, des choses que j’ai entendu, vu… » Alexandra Badea
« Je suis écrivain par défaut, si je ne pouvais que lire… Je suis quelqu’un qui a trop lu de romans. » Philippe Vasset
Philippe Vasset dédicace son ouvrage, « La conjuration ».
» C’est un réglement de compte avec moi-même, avec l’envie de sortir de ce mode d’emploi qu’on t’appliques. » Alexandra Badea
« Mettre en avant le spectacle imaginaire que je vois dans ma tête, c’est un acte de liberté absolue que le metteur en scène ne m’impose pas sa propre vision. » Joël Kerouanton
En partenariat avec les Yeux D’Izo, et dans le cadre de Bruits de Langues 2017, ce court métrage centré sur la rencontre avec Alexandra Badea a été réalisé par les élèves du Master Livres et Médiation de Poitiers.
Ce lundi 30 janvier s’est ouvert une nouvelle édition du festival Bruits de Langues de l’université de Poitiers.
« Ecriture burlesque car les idées fascistes elles-mêmes sont burlesques. » Margret Kreidl
La librairie du festival
« Ma langue est la seule source de renseignements sur mon âme » Gaston Zossou
« La douleur est plus permanente que le désir, notre mémoire ne retient que les choses qui nous ont fait mal » Ana Margarida de Carvalho
« Le goût de l’étranger, le goût de l’étrangeté, goûter l’arrivée de l’autre dans la rencontre. » Lucas Cejpek
« M’exposer au péril de la différence, de mes différences » Gaston Zossou
« On insiste toujours sur les choses terribles mais on ne parle jamais de la beauté ordinaire » Ana Margarida de Carvalho
Cliquez sur les photos pour les agrandir !
Cette journée a été placée sous le signe des voix internationales, engagées voire militantes. L’Autriche, le Bénin et le Portugal furent mis à l’honneur lors de cet après-midi.
Et pour finir, écoutez le Name-dropping du festival :
Le festival a été nommé ainsi en lien avec un recueil du poète Bernard Noël, lui-même intitulé « Bruits de Langues ». Cette année, le poète nous a fait l’honneur de se déplacer à l’université pour une rencontre qui a ouvert cette édition 2016.
Nous avons pu l’interroger lors d’un entretien un peu plus « privé » :
Le texte lu ici est extrait du recueil « Bruits de Langues », publié dans Extraits du corps, publié en 1958.
Il a aussi lu pour nous un extrait de L’Outrage aux mots.
En 1971, il publie un roman, Le Château de Cène, censuré pour outrage aux mœurs. A la suite de son procès (où il n’est pas condamné, puisqu’un écrivain ne peut être dangereux…), il écrit L’Outrage aux mots, dans lequel il développe la notion de « sensure », la privation de sens.