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BDL 2020 Lundi 03/02/20

Passe-moi le texte avec Christophe Pellet

Qui est Christophe Pellet ? 

Christophe Pellet, diplômé de la FEMIS en 1991, a reçu le Grand Prix de Littérature Dramatique pour La Conférence, et la Bourse Villa Médicis Hors les murs pour Loin de Corpus Christi. Depuis la fin des années 90, il a écrit plusieurs pièces de théâtre, la plupart éditées chez L’Arche Editeur. 

Son écriture pour la scène est influencée par son amour pour le cinéma : l’auteur scrute ses personnages en gros plan et décrit avec minutie l’univers dans lequel ils évoluent. La grande attention qu’il porte au travail des acteurs s’éprouve dans la qualité et la pudeur des dialogues, où les non-dits, sont souvent plus importants que les mots prononcés. 

© Jean-Philippe Cazier

Qui a peur du loup? 

Dans un pays ravagé par une guerre qui s’achève à peine, Dimitri, un garçon de huit ans grandit seul. Mira, sa mère, est partie travailler en France tandis que Sandor, son père, continue à faire la guerre dans un pays voisin. Livré à lui-même, l’enfant rêve la nuit de rejoindre les êtres qui lui manquent sur son skate. À l’école, sa copine Flora dessine des animaux sauvages et tient à le dessiner en renard, mais Dimitri préfère les loups. Un jour, Flora cède et le maquille. Alors, Dimitri se transforme en un véritable petit loup et s’enfuit dans la forêt. La première pièce de Christophe Pellet destinée à un jeune public est un texte poignant sur la violence de l’abandon et l’imagination, refuge de l’enfance.

Passe-moi le texte 

Passe-moi le texte propose un programme annuel de lectures-rencontres autour de textes d’auteurs et autrices de théâtre contemporains. Ce lundi 3 février 2020, Christophe Pellet et son ouvrage Qui a peur du loup ? Était à l’honneur. Cette lecture a été effectuée par les élèves de M2 assistanat à la mise en scène de l’Université de Poitiers dirigés par Mathilde Souchaud. Après une lecture mise en scène à la Comédie Poitou-Charentes, lecture théâtralisée sous les yeux de l’auteur, une rencontre avec ce dernier a eu lieue. L’auteur a pu parler de son livre, de son écriture, de sa relation autant avec la littérature que le théâtre et le cinéma. L’échange a été très constructif et a permis de comprendre le rapport ambiguë que la littérature peut avoir avec le théâtre et la valeur ajoutée qu’une lecture orale peut avoir sur un ouvrage écrit. 

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BDL 2020 Lundi 03/02/20

Rencontre avec Chloé Wary et Morgane Parisi

Pourquoi visionner l’enregistrement d’une rencontre d’un festival au nom aussi étrange que Bruits de Langues ? Qu’a à voir le bruit avec le graphisme, art silencieux s’il en est ? Il s’avère, de fait, que les images parlent, nous parlent, dans leur langue bien à elles. Si leur bruit est plus discret que celui de la voix, il existe bel et bien. Laissez-nous vous en convaincre, si cela peut vous décider à écouter nos invitées.

Commençons par vous les présenter.

Morgane Parisi, artiste depuis toujours semble-t-il, puisque déjà son bac était spécialisé dans les arts appliqués. Elle couple l’expérience d’un master bande dessinée à Angoulême et d’un master d’anthropologie sociale à Bordeaux. Sa passion est la vulgarisation scientifique, au service de laquelle elle met ses talents d’illustratrice et de graphiste. Son format privilégié est l’affiche, car la narration y est inscrite dans son intégralité ; elle peut être embrassée en un regard. Elle crée donc des affiches aux lectures multiples et variées, où l’humour se cache même au cœur des thèmes qui sont en apparence les plus sombres, telles que la mort et les catastrophes écologiques. Son autre sujet favori ? Vous l’aurez bien sûr deviné en voyant le titre de la rencontre !

Chloé Wary, artiste depuis… hé bien depuis toujours aussi, semble-t-il. Elle obtient un diplôme des métiers d’art et suit une formation complémentaire afin de se spécialiser dans la bande dessinée. Elle n’a pas peur de creuser et de s’enfouir dans de longues recherches documentaires afin de réaliser ses ouvrages – lorsqu’elle n’émaille pas son compte Instagram d’illustrations hautes en couleurs. Ses albums traitant de la conduite des femmes en Arabie Saoudite et les clubs féminins de foot, vous aurez compris la raison de sa présence à cette rencontre.

Maintenant que vous êtes plus familier.ère des faits et gestes de nos invitées, difficile de vous cacher qu’écouter leur rencontre vous apprendrait beaucoup. Elles y abordent la place de la femme dans la bande dessinée française et les évolutions du milieu, la difficulté d’induire la non-binarité lorsque les lecteurices attribuent automatiquement un genre aux personnages (même ceux en forme de patate), mais également la place du féminisme dans leur travail et notamment lors de l’élaboration de leur œuvre. Le féminisme a-t-il une charte graphique aujourd’hui ? Est-ce que choisir une thématique féministe implique une façon de travailler différente ? Puisque la fin s’atteint par des moyens, Morgane Parisi et Chloé Wary réfléchissent au lien texte-image. Pourquoi parler avec une image lorsque l’être humain dispose des mots ? Une image peut-elle être autosuffisante ou nécessite-t-elle du texte ? Permet-elle d’atteindre un public élargi ?

Osez me dire que vous n’êtes pas curieux.se de découvrir les réponses à ces questions ! Nous vous garantissons que cette rencontre convient aux misophones*.

Le Bruit est là. Etes-vous prêt.e à l’entendre ?

Cliquez ici pour retrouver l’intégralité de la rencontre en vidéo !

*Misophonie : forte aversion aux sons, notamment ceux provoqués par les bruits de bouche

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BDL 2020 Lundi 03/02/20

Black Is Beltza – Fermin Muguruza

En 2014, Fermin Muguruza écrit le roman graphique Black is Beltza avant de le réaliser en film en 2018. Black is Beltza raconte l’histoire de Manex, un basque, qui, tout au long de l’intrigue va faire la rencontre de femmes et d’hommes aux quatre coins de la terre (de Mexico à Montréal en passant par Alger et Cuba) pour lutter pour les droits civiques. Fermin Muguruza aborde ainsi le thème de la Guerre froide, des mouvements de libération des peuples et de la révolution sexuelle des années 60. En effet, on se situe en 1965 à New York et on est dans un contexte de ségrégation raciale très implantée. Manex, rebel et révolté veut changer cela. L’histoire débute par le défilé des géants de Pampelune lors de l’exposition universelle de 1965.

L’adaptation d’une bande dessinée en film d’animation, une fusion des arts au service de l’esthétisme :

Pour son film d’animation Black is Beltza, Fermin Fermin Muguruza voit les choses en grand. En effet, il fait appel à des professionnels du monde de l’audiovisuel. C’est le cas par exemple du dessinateur et coloriste José Homs, publié chez Dupuis et Dargaud, à l’origine de la bande dessinée Shi et de l’univers graphique de Millénium. Parmi les autres artistes, on peut citer Pepe Boada, dessinateur de bd et cinéaste, Mikel Antero, auteur de la bd Lami, et Iñaki Holgado, illustrateur de la série bd Verdun. Ensemble, ils ont su recréer les personnages, les décors et les paysages de la bande dessinée. De leur côté, Mariona Omedes et Karin du Kroo se sont chargées des illustrations que l’on voit apparaître tout au long du film et qui confèrent un aspect réaliste aux évènements. Ainsi, ces artistes sont parvenus à retranscrire l’univers de Fermin Muguruza à l’écran afin de donner vie à Manex et aux autres personnages de la bande dessinée. Néanmoins, le projet de fusion des arts ne s’arrête pas là, puisque Fermin Muguruza donne une importance capitale dans son film à la musique, et notamment au jazz. La bande-son comporte des morceaux des années 1960 mais la musique du film a quant à elle était écrite pour le film Black is Beltza, en collaboration avec différents artistes : Maika Makovski, Anari, Iseo, Yacine, Amel Zen, The Sey Sisters, Ceci Bastida, Ana Tijoux ou encore Manu Chao.

Le médium, c’est le message :

Cette fusion des arts (arts graphiques et arts musicaux) opérée par Fermin Muguruza permet de passer d’un médium à un autre : de la bande dessinée à un film d’animation. Pour quelles raisons l’auteur a-t-il souhaité adapter sa bande dessinée à un autre support ? Quel est le rôle de la transmédialité dans ce contexte-là ? Le passage de la bande dessinée au film d’animation a tout d’abord pour but de reconstruire la structure du récit. En effet, le fil conducteur présent tout au long du film, c’est-à-dire la scène où Manex et son ami sont arrêtés par la Guardia Civil à la frontière, n’apparaît pas dans la bande dessinée. Cette scène, qui introduit les différentes étapes du voyage de Manex, permet ainsi de rendre le récit bien plus clair pour le spectateur et introduit une tension propre au film. Mais l’objectif de cette transmédialité ne s’arrête pas là, et nous allons maintenant nous intéresser au lien qu’entretient Fermin Muguruza avec la musique. Au départ musicien dans un groupe indépendant, Fermin écrit depuis toujours des textes engagés. Pour lui, la musique est un moyen de défendre la culture et de lutter contre toute forme d’oppression. Par ailleurs, la musique permet de choisir le rythme du film d’animation, et de montrer une nouvelle facette des révolutions légèrement différente de celle proposée dans la bande dessinée.

« Ce que je souhaite : instaurer la paix à travers la musique »

Fermin Muguruza

Outre le combat contre l’oppression, la musique est pour l’auteur un moyen de faire communauté, de faire joie. Au début de son voyage, Manex rencontre Rudy, interprété par Angelo Moore, qui lui confie ceci : « si tu ne danses pas, tu es mort ». Ainsi, la musique permet de lutter pour le droit à faire la fête et pour le droit de vivre. Elle vient donc compléter la bande dessinée Black is Beltza et offre au film une toute nouvelle dimension, plus profonde et plus engagée. La transmédialité du projet permet également à Fermin Muguruza de créer une expérience interculturelle générée par le casting du film Black is Beltza. En effet, parmi les voix originales on retrouve Unax Ugalde, qui prête sa voix au protagoniste, Manex, Isaach de Bankoli qui joue Wilson Clever, Iseo qui joue Amanda ou encore Ramon Agirre qui joue Xebero pour en nommer quelques-uns. Ce casting vient donc enrichir la bande dessinée et semble encore un fois redonner vie aux personnages de Black is Beltza, en plus d’apporter une dimension multiculturelle. Dès lors, l’adaptation de la bande dessinée Black is Beltza en film d’animation présente certains avantages : elle permet une meilleure compréhension du projet Black is Beltza et introduit une dimension interculturelle à l’œuvre de Fermin. Le film d’animation remplit alors une fonction pédagogique puisqu’il montre une nouvelle image des combats de l’époque bien loin de celle racontée dans les manuels scolaires classiques.

Marie Jolivet, Nina Guyot et Ilona Riou-Artus