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BDL 2019 Mercredi 06/02/19

Interview : Bénédicte Heim

Marie-Lou : Nous avons entendu que vous aviez beaucoup travaillé sur le langage, quel serait votre rapport à l’oulipo et au surréalisme?

Bénédicte H. : J’en ai beaucoup lu à une époque mais ce n’est pas pour ça sue je m’en suis inspiré pour mon travail, en tout cas ce n’est pas conscient.

Marie-Lou : Pendant la conférence,vous avez souvent utilisé les mots « extase », « éclatement », on y voit un certain mouvement vers l’extérieur, est-ce qu’il vous arrive de faire l’inverse, plutôt un mouvement vers l’intérieur?

Bénédicte H. : C’est un mouvement centrifuge, si l’écriture me ramène à mes propres fermetures, c’est un échec total. J’essaie de faire éclater les barrières, de rendre les choses les plus pulsatiles possible, d’aller au delà de ce qui nous arrête. Si je m’aperçois que je suis en train de me répéter ou que je suis captive de mécanismes répétitifs, je m’arrête.

Marie-Lou : Tout ça me fait penser à la danse, est-ce que c’est quelque chose que vous pratiquez?

Bénédicte H. : Je suis une piètre danseuse mais je suis complètement fasciné par les danseurs, par le rapport au corps qui allie à la fois la souffrance et l’extase, ils s’infligent des choses inouïes. En même temps, ils arrivent à un état de dépassement, ils vivent des moments de félicités dont on a pas idée. C’est quelque chose que j’essaie d’approcher à travers l’écrit parce que je ne sais pas danser.

Marie-Lou : Avez-vous pensé à un projet conjoint entre danse et écriture?

Bénédicte H. : C’est un univers que je fréquente peu. J’ai des ami·e·s peintres, dessinateurs, même des musiciens mais pas de danseurs. Si l’opportunité se présente, je serai ravie de le faire.

Marie-Lou : Toujours sur cette idée d’éclatement, quand vous commencez un livre, êtes-vous plus dans l’idée de partir de quelque chose ou plutôt de partir d’une page blanche qui ferait naître quelque chose?

Bénédicte H. : Au départ il y a la page blanche, puis des figures, des sensations me traversent et au fil des mots, les figures se mettent en place et quelque chose naît. Le langage donne corps au réel. Je n’ai pas d’idée préconçue, je peux avoir des images, des états ou des figures que j’ai envie de mettre en scène mais ce n’est pas précis, il n’y a pas de plan.

Marie-Lou : J’aimerai revenir sur l’enfance, pendant la conférence, vous nous avez donné votre vision de celle-ci, avez-vous envie de préserver cette pureté que peuvent avoir les enfants ou plutôt de l’exploiter, quitte à parfois la blesser?

Bénédicte H.: J’essaie de toucher le moins possible à l’humain parce que tout est mélangé. Chez les enfants, il y a aussi un sens aigu de la cruauté, du mal, je n’ai pas la prétention de l’extirper à moi toute seule. Je prends l’enfant dans son ensemble et j’essaie juste de l’aiguillonner à travers des questions ou des propositions pour faire surgir ça et de l’isoler du reste pour faire susciter quelque chose.

Marie-Lou : Diriez-vous qu’il y a une construction entre l’adulte et l’enfant ? Entre l’enfant qui peut avoir des raisonnements d’adultes et l’adulte qui a gardé son « âme d’enfant »

Bénédicte H. : Il y a des adultes qui ont su préserver l’enfance en eux et qui la cultive et qui ont parfois plus de pureté que des enfants qui ont déjà été abîmés par beaucoup de choses. Ça dépend des individus.

Marie-Lou : Qu’aimez-vous dans l’enseignement ?

Bénédicte H. : Ce que j’aime, c’est cette friction, on est tout le temps au corps à corps. C’est souvent dur avec les élèves que j’ai parce qu’ils sont très récalcitrants, ils sont parfois violents. C’est à chaque fois une bataille pour qu’ils restent calme, qu’ils se mettent à écrire, qu’ils consentent à lire. Au bout d’un moment, ils se rendent compte qu’ils ont quelque chose à extraire de ce que je leur propose, que ce n’est pas une punition, qu’ils sont parfois mis en valeur, que c’est un champ d’expression de liberté qui leur est ouvert. Cette année, j’ai une classe absolument épouvantable, ils peuvent être d’une vulgarité et d’une cruauté entre eux inouïe mais il y a quelque chose qui m’ébloui, au fil du temps, ils se sont pris de passion pour l’écriture et maintenant ils adorent écrire. Je me dis que j’ai réussi à ouvrir cette brèche en eux, ils se rendent compte que l’écriture peut être libératrice. Ils viennent même me réclamer du temps pour pouvoir présenter leurs textes, les lire devant la classe. C’est là que je me dis que ça vaut le coup.

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Interview : Alidé Sans

Marie-Lou : Nos premiers questions se basent surtout sur la musique, peux-tu nous dire comment tu en es arrivée là ?

Alidé S. : Mes premiers contacts avec la musique remonte à mon enfance, ma mère est professeure de musique dans une école, elle chantait ses chansons à la maison. Ensuite, j’ai fais des études de musique mais je voyais plus ça comme un jeu, pas comme quelque chose de sérieux. J’ai écrit mes premières chansons à l’âge de quinze ans, après ça, on a fait un clip avec un groupe de hip-hop qui vient du même endroit que moi. Le clip a pas mal tourné et c’est grâce à ça que j’ai été repérée par un festival, on peut dire que c’est à ce moment-là que c’est devenu un projet plus professionnel. C’était en 2013, mon premier concert avec mes propres chansons et depuis je n’ai pas arrêté.

Marie-Lou : Tu fais de la musique toute seule ou avec un collectif?

Alidé S. : C’est toujours moi qui écrit les chansons mais depuis trois ans, je fais parti d’un duo, un guitariste m’accompagne, il joue aussi de la basse, des percussions. On a aussi un ingénieur son qui nous suit depuis deux ans.

Marie-Lou : Où trouves-tu ton inspiration pour écrire tes textes? As-tu des thèmes de prédilection?

Alidé S. : Je dis souvent que mon inspiration, c’est la vie, les expériences que je vis. Après, quand j’écris, j’essaie de sortir de moi-même pour essayer d’universaliser les choses. Après, je remarque que dans les textes que j’écris, sans que ce soit intentionnel, il y a beaucoup l’influence de la nature,  la nature est très présente, la femme aussi.

Marie-Lou : Tu parles beaucoup de la femme, te décrirais-tu comme une féministe? Et l’homme, tu en fais quoi?

Alidé S. : Je découvre que je suis féministe. L’homme est présent dans mes chansons mais la femme a une présence intéressante. J’ai une chanson qui parle de la séparation d’un couple, c’est plutôt humoristique. Au début, la fille est triste parce qu’il est parti sans rien dire,  elle trouve des chemises à lui dans sa maison et elle pleure, elle pleure tout le temps. Finalement, elle trouve une bouteille d’alcool, elle commence à boire et c’est une tragédie, mais ensuite elle réfléchit et le remercie d’être parti puisque maintenant, même si elle est seule, elle peut être entière, dans le sens où on dit souvent qu’on est la moitié de quelqu’un quand on est dans une relation amoureuse.

Lou : Au début tu chantais en espagnol, puis tu es revenue à ta langue « maternelle », est-ce que tu chantes encore en espagnol parfois?

Alidé S. : Quand j’ai commencé à écrire, je le faisais en espagnol, je n’ai jamais parlé espagnol avec ma famille, mais mon entourage, les gens qui faisaient de la musique le faisaient en espagnol. Mais quand j’ai commencé à faire des concerts, j’ai ressenti un conflit intérieur, je voyais qu’il y avait du monde qui commençait à m’écouter et que je nourrissais une langue qui n’était pas la mienne et qui, en quelque sorte, prenait la place de celle à laquelle je m’identifiais le plus. J’en ai conclu que je ne pouvais pas continuer comme ça. J’ai découvert que c’était plus naturel et plus sincère pour moi d’écrire et de m’exprimer dans cette langue, ça ne venait pas d’une « pression » de mon entourage.

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Interview: Robin Cousin

Après la discussion avec Benoît Preteseille, Robin Cousin nous a accordé quelques minutes pour répondre à nos questions.

Amélie : Pouvez-vous nous parler de l’atelier BD qui vous avez mené avec l’Université ?

Robin C. : Il s’est super bien passé. Le thème était l’utopie, le but était de créer avec les étudiants, une utopie. Dans un premier temps, on ne dessinait pas du tout, ils se mettaient d’accord sur les idées, j’essayais de ne pas trop m’impliquer. Ensuite, ils devaient raconter cette utopie en bande dessinée. C’était hyper intéressant, on a beaucoup parlé politique, de problèmes écologiques, économiques… Ça m’a même inspiré pour le projet que j’ai pour l’université pendant ma résidence, c’est ce qui m’a donné envie de raconter l’histoire d’étudiants dans mon projet.

Amélie : Quels conseils donneriez-vous à un auteur de BD qui veut se lancer ? Faut-il forcément passer par la case « études en bande dessinée » ?

Robin C. : Non, je pense que les études, c’est bien mais c’est pas nécessaire. Quand on dessine dans son coin, on a tendance à avoir des systématismes, peut-être être un peu fermé. Les études forcent à découvrir des choses qu’on aurait pas découvert par soi-même. J’ai plusieurs conseils, faire des livres, même si c’est un fanzine, mais publier ses histoires, même si c’est en cinq exemplaires et les distribuer autour de soi. Ce qui est important c’est d’être vu. C’est une bonne expérience de penser le livre entier, la couverture, la fin… Pour en faire son métier, je pense qu’il est important d’aller rencontrer des éditeurs, faire des stages pou voir concrètement ce milieu-là, ce que ça implique. Je sais que dans l’édition indépendante, ça fonctionne beaucoup aux relations donc il faut rencontrer les gens, discuter avec eux.

Amélie : Pourquoi avoir fait autant de livre sur la science-fiction ?

Robin C. : Pour le moment, c’est ce qui m’intéresse le plus. Les articles scientifiques, pour moi, c’est une bonne source de découverte, d’étonnement et d’inspiration, parce que c’est souvent surprenant, la science permet de mettre le doigt sur certains aspects très précis du monde. Ça va du cerveau  aux plantes, aux étoiles, les découvertes se font dans tous les domaines, ça m’inspire beaucoup mais je n’ai pas envie de me cantonner à la science-fiction, c’est juste qu’en ce moment, c’est ce qui m’inspire le plus.

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