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BDL 2019 Mardi 05/02/19

Interview : Nathalie Fillion

Après sa conférence, Nathalie Fillion a répondu à quelques unes de nos questions.

Laure: Quelles sont vos inspirations pour vos oeuvres?

Nathalie F.: Ce sont plutôt des questions au départ, qui peuvent naître de fictions, de la vie, de décès, tout un tas de lectures mais je dirais que ce qui me fait démarrer, c’est quand j’ai la bonne question ou la tension dramatique. Une question dynamique.

Laure: Y a-t-il un auteur qui vous a marqué dans votre vie?

Nathalie F.: Il y en a plein. Je lisais beaucoup quand j’étais enfant et jeune, beaucoup de choses qui m’ont nourrie, autant les romans que la BD, mes parents m’emmenaient beaucoup au cinéma donc beaucoup de fiction. Je ne pourrai pas choisir un seul auteur.

Laure: Auriez-vous un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait se lancer dans la mise en scène par exemple?

Nathalie F.: La patience. Il faut aussi bien connaître les acteurs, il faut u moins passer par le plateau même si on ne veut pas être acteurs, de prendre ce risque là. Les acteurs sont de gens qui s’exposent beaucoup et il faut l’avoir vécu dans son corps pour pouvoir leur parler, les comprendre.

Laure: Vous qui avez aussi joué, qu’avez-vous aimé dans cette expérience et qu’est-ce que vous avez préféré dans l’écriture?

Nathalie F.: J’ai aimé les deux, j’aime écrire, j’aime mettre en scène. Ce qui me manque maintenant que je ne joue plus, c’est la camaraderie qu’il y a entre les acteurs. Il y a parfois un côté très insouciant, très « déconneur ». Quand on porte une mise en scène, on perd un peu ce côté-là. Je regrette parfois certaines légèretés de la vie d’acteur, qui a ses limites aussi. C’est le côté de « bande » qui me manque mais j’aime aussi la solitude, j’aime bien alterner.

Laure: Vous nous avez dit que la langue était comme la musique: infinie. Il y a-t-il un aspect qui vous fait peur, par exemple de ne pas pouvoir exploiter toute cette langue?

Nathalie F.: On n’a pas assez d’une vie pour écrire tout ce qu’on a à écrire, creuser tout ce qu’on a à creuser. C’est un peu frustrant mais l’infini ne me fait pas peur, au contraire. C’est rassurant de savoir que l’art dans lequel on s’est lancé par intuition est infini. Ça fait du bien de se confronter à l’infini.

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BDL 2019 Mardi 05/02/19

Interview : Arno Bertina

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mégane : Pensez-vous que nous sommes observateurs de notre vie, contrairement aux personnages de vos livres qui seraient plus dans la position d’acteur?

Arno B. : Je ne pense pas qu’on puisse faire une distinction comme ça, les personnages de ce roman-là sont en l’occurrence sont assez ordinaires, ils se révoltent mais ce n’est pas parce qu’on a le reste du temps une vie ordinaire qu’on est incapable de se révolter à un moment et donc de basculer dans une vie extraordinaire ou de faire quelque chose d’extraordinaire. Je pense que c’est valable aussi pour nous, par exemple, là c’est un temps extraordinaire, pas dans le sens héroïque mais qui tranche avec le quotidien, là c’est l’organisation de ce festival, écrire un livre est aussi un temps qui tranche avec le quotidien. On est jamais strictement observateur de notre vie, de la même manière qu’on est jamais strictement acteur. Je pense qu’on passe toujours de l’un à l’autre avec une extrême rapidité, qu’on est à la fois acteur, passif et que peut-être l’écriture c’est souligner ça. Souvent les gens ont tendance à mettre les autres dans une catégorie bien précise, l’écriture peut montrer qu’au contraire, on peut circuler entre ces identités.

Mégane : Justement, par rapport à l’écriture de votre œuvre, avez-vous une idée précise de l’avenir de vos personnages?

Arno B. : C’es différent pour chaque livre, pour certains livres, j’ai un plan très clair et le résultat n’en est pas très différent. Avec certains livres, je me lance dedans sans avoir exactement vers quoi ça va. On a toujours un point final en tête mais il peut changer au cours de l’écriture. Pour Des Châteaux Qui Brûlent, j’avais pendant longtemps une fin très différente et c’est dans la dernière année de travaille que ça a changé. Quand je commence un chapitre, j’ai quand même une idée approximative des cinq prochains chapitres au minimum, sinon, on est trop dans le vague.

bertina

Mégane : Pensez-vous que la symbiose entre fête et révolte est le cycle de notre vie?

Arno B. : La vie est toujours en deux temps, par exemple le moment où on parle et le moment où on se tait, le moment où inspire et le moment où on expire. On pourrait décrire la vie avec des choses binaires, l’intérêt est de montrer que la vie est faite de cycles. Dire qu’il y a la vie et ensuite la mort, c’est trop simple puisque après la mort, il y a la décomposition, de la vie réapparaît à partir de ça. Ce qui est beau, même si on est dans un système binaire, c’est de montrer que ce système binaire est sans fin, que ce n’est pas si binaire que ça.

Mégane : Est-ce que l’actualité en France pourrait vous inspirer pour une prochaine œuvre, notamment avec les gilets jaunes et cette paroles en communion?

Arno B. : Peut-être pas parce que c’est déjà ce que j’ai essayé de montrer: comment un groupe arrive à se parler, comment avec les collègues qu’on fréquente au quotidien et à qui on ne parle pas parce qu’on a pas le temps, dès lors qu’on arrête la chaîne, on peut se parler. Donc non, je ne vais pas revenir exactement sur la même chose et parfois il faut du temps avant de comprendre. Ce n’est pas parce que c’est un sujet passionnant que ça doit forcément devenir un livre. Parfois il faut trouver une tension supplémentaire à l’intérieur de ça.

Photo en haut – Ouest-France : Ouvrières et ouvriers devant l’abattoir Doux, source d’inspiration du roman Des Châteaux qui brûlent d’Arno Bertina.

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BDL 2019 Mardi 05/02/19

Retour sur la deuxième journée

Le festival continue avec une nouvelle journée de conférences. Au programme du jour, Camille de Toledo, Arno Bertina, Nathalie Fillion, Victor Abbou et Simon Attia.

Camille De Toledo

Camille De Toledo. Artiste, vidéaste, écrivain, il est difficile de le présenter tant son oeuvre est prolifique. De la même manière, il écrit aussi bien du roman, des fables que de la poésie. Il nous présente son nouveau roman graphique Herzl, une histoire européenne, illustré par Alexander Pavlenko. La vie d’Ilia Brodsky, son exil à travers l’Europe, de la Russie à l’Angleterre, sa rencontre avec un jeune Theodor Herzl, son désir de comprendre.

La rencontre se centre sur l’Europe et sa polyphonie. Des questions essentielles sont posées: Comment faire un espace politique quand on ne parle pas la même langue ?

Camille De Toledo nous dit qu’il a toujours en lui une part de spéculation utopique et une part de déception. Avant d’emménager à Berlin, il avait un espoir que l’entité allemande ait totalement disparu, mais la reconstruction de cette entité, il l’a vécu, comme un cycle noir sans fin. Par ses écrits, Camille De Toledo veut laisser une trace de l’espoir pour l’avenir, une sorte de chemin qui donne des ressources à des lecteurs dans l’avenir.

Arno Bertina

Arno Bertina vient nous présenter son nouveau roman engagé, Des châteaux qui brûlent. Un secrétaire d’Etat séquestré par les salarié.e.s d’un abattoir placé en liquidation judiciaire. Une scène en huis clos qui change pour Arno Bertina qui a eu longtemps l’impression que ses personnages devaient être en mouvement pour que leurs mouvements intérieurs ressortent. On y retrouve tout de même une certaine agitation dans la révolte.

Dans toutes formes de révolte, l’auteur nous dit qu’il y retrouve un esprit de fête. Lorsque l’on se révolte, on veut s’émanciper des lois et donc retrouver une forme de liberté, de célébration. Arno Bertina prend exemple sur l’actualité avec les Gilets Jaunes. On peut retrouver dans les tags et slogans des manifestant.es une inventivité verbale qui s’exprime systématiquement avec humour. De même avec le phénomène des ronds points, on redécouvre une sociabilité plus vaste que celle du café. C’est d’ailleurs cet effet de célébration qui fait pression sur l’Etat, car plus la fête est expensive, plus elle est inquiétante.

Nathalie Fillion

Nathalie Fillion se décrit elle-même comme une femme de théâtre. Écrivaine, metteuse en scène, actrice. L’humour est omniprésent dans son écriture. Faire rire est quelque chose de vital pour elle.

« Quant à l’humour, il est comme le port du casque dans un chantier, obligatoire ».

À l’Ouest

Même sur des sujets très grave, Nathalie Fillion arrive à faire rire comme avec sa pièce À l’ouest  qui traite de l’argent au sein d’une famille. Les personnages sont décrits avec beaucoup d’humour et les lecteur.ices se retrouvent à rire à chaque page. Nous avons d’ailleurs retrouvé Studio Monstre et le Conservatoire de Poitiers le soir même à la Maison des Trois Quartiers pour une lecture de cette oeuvre. Une représentation mise en scène par Daisy Body, pour laquelle elle a effectué quelques coupes mais qui conserve toute la profondeur des thématiques traitées par la pièce. 

Le festival s’appelant Bruits de Langues, Nathalie Fillion revient sur l’importance qu’elle apporte aux bruits de la langue française. Pour elle, la musique est le plus grand des arts, elle entend la langue avant de l’écrire. De même sa formation d’actrice l’aide à apprécier la prononciation et la sensualité de la langue. C’est quelque chose qui se retrouve dans ses écrits. Elle nous confit qu’elle aimerai pouvoir écrire dans toutes les langues. Ses textes sont traduits dans différentes langues qu’elle ne maîtrise pas forcement et on peut donc se demander si son travail sur la langue se ressent également dans ces traductions.

Victor Abbou et Simon Attia

Victor Abbou témoigne dans son autobiographie Une clé sur le monde de cette période qu’on appelle L’Eveil des Sourds. En 1880, la langue des signes à été interdite. Pendant près de 100 ans elle a été oublié et n’a vécu aucune évolution. Victor Abbou lui-même n’a pas pu rentrer à l’école avant l’âge de 9 ans, il ne savait ni lire, ni écrire, ni signer. Le 21 février 1977, il est témoin de l‘installation de l’IVT (International Visual Theatre) au Château de Vincennes. Là il rencontre Alfredo Corrado (sourd américain) et Jean Gremion (entendant français). C’est la première fois que Victor Abbou voit un entendant signer, c’était quelque chose de totalement inédit. Grace à cette organisme la France va voir émerger le métier d’interprète de langues des signes, jusqu’alors inexistant, ce qui va vraiment être une avancé dans la culture sourde.

Une clé sur le monde est édité par Eyes Editions. C’est une maison d’édition qui représente bien l’ouverture sur le visuel. Pour chaque chapitre, on retrouve un QR code renvoyant à une interview de Victor Abbou pour plus d’informations. 

La rencontre se poursuit lorsque Victor Abbou est rejoint par Simon Attia pour performer un extrait de leur spectacle « Frères Rivaux ». Cette pièce, plaisante et touchante, met l’accent sur un humour visuel et la richesse de la langue des signes.

On vous retrouve demain pour de nouvelles aventures.