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BDL 2019 Lundi 04/02/19

Interview: Marie Cosnay

Marie Cosnay a accepté, à la suite de sa conférence, de nous accorder encore quelques minutes pour approfondir certains points.

Mélody: A quel moment, selon vous, devient-on écrivain? Y’a-t-il eu un moment où vous vous êtes dit « c’est bon, je suis écrivaine »?

Marie C.: A partir du moment où on publie un texte à compte d’éditeur, on est auteur, on a une fonction, c’est le métier. Se sentir écrivain une fois pour toutes, c’est comme se sentir quelque chose une fois pour toutes, je n’en sais rien. Pour l’instant, il se trouve que j’ai besoin de cette activité, j’ai besoin de ça pour ne pas m’ennuyer. Maintenant, ce n’est pas lutter contre l’ennui qui fait de moi quelqu’un qui exerce le métier d’écrivain.  On est à la fois écrivain parce qu’on publie des livres qui sont vendus en librairie, qu’un éditeur en est garant. C’est ça qui est important, on est pas seul avec son texte, à partir du moment où quelqu’un est garant alors, à ce moment-là, on accède à ce qu’on pourrait définir comme de l’ordre du métier et de la fonction sociale et on peut appeler ça « écrivain ». Mais, se sentir écrivain, intimement, c’est une autre affaire. Par exemple, quand je finis un livre, il part vers l’éditeur. Et puis, pendant six mois, pour vivre, je dois faire des petits boulots, pendant ces six mois, je ne vais pas être à mon bureau, qui me dit que je suis écrivain? Pour moi, ce que j’ai fait autrefois ou ce que je ferai après demain ne garanti pas ce que je suis au moment présent. Donc au moment où je n’écris pas je ne suis pas écrivain, au moment où j’écris, peut-être un peu quand même.

Mélody: Autre sujet, pourquoi avoir traduit Les Métamorphoses d’Ovide? Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans ce texte?

Marie C.: C’est un texte magnifique mais ce n’est pas fini, il y aurait encore plein d’autres choses à traduire. Il y a trois textes que j’aimerais traduire: Les Métamorphoses d’Ovide, c’est maintenant fait, l’Enéide de Virgile, j’en ai traduit des morceaux, et puis j’adorerai traduire De rerum natura de Lucrèce. J’ai commencé par le plus facile, en tout cas, je trouve que c’est plus facile que Lucrèce. Les Métamorphoses, c’est une sorte de travail de métamorphose sur l’épopée, c’est fascinant. C’est le genre d’oeuvre qui ne laisse pas la place à l’ennui, je pense qu’Ovide a aussi très peur de s’ennuyer donc une histoire enchaîne sur une autre, puis encore une autre…

Mélody: Pour finir, nous nous sommes rendues compte que les thèmes que vous abordez dans vos livres sont très disparates

Marie C.: A part peut-être le mouvement, les moments historiques à déchiffrer, comme ce qu’il s’est passé à ce moment-là. Par exemple, les journées sanglantes qui achèvent la commune de Paris, qui sont les vainqueurs? Qui sont les vaincus? Qu’est-ce qu’il se passe quand un gamin de quinze ans quitte son pays pour tenter une aventure, une aventure un peu obligée et en même temps un peu rêvée. Que se passe-t-il quand un gamin de quinze ans s’engage contre le nazisme dans un petit village du Médoc alors que rien familialement ne l’y a amené? A chaque fois, cela part d’une question, peut-être que chacun de mes livres pourrait se résumer par une question, qu’est-ce qu’il se passe et comment on en arrive là?

marie cosnay

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Interview : Camille Cornu

Après la rencontre et discussion avec Elitza Gueorguieva, Camille Cornu, autrice (entre autres) de Habilités Sociales, nous a accordé un petit moment.

Alphéna : Pendant la discussion, vous êtes revenue à plusieurs reprises sur le Manuel d’entrainement aux Habilités Sociales qui vous a servi de base pour votre roman, comment l’avez-vous découvert?

Camille C. : J’étais dans un hôpital de jour et je devais apprendre à utiliser ce manuel pour apprendre à communiquer, c’était une grande découverte littéraire pour moi. Je m’intéresse beaucoup à la façon dont les choses sont écrites, aux différents tons, aux différentes utilisations du langage. Dans ce manuel, on a quelque chose d’hyper formaté, d’hyper solitaire mais qui à la fois était censé apprendre à créer du lien, pour moi c’était une sorte de contradiction hyper poétique. Quand je suis tombée dessus, j’ai tout de suite voulu l’utiliser comme un matériau littéraire. Justement, quand j’étais dans ces séances d’entrainement aux habilités sociales, je prenais toujours des notes, mes psys pensaient que j’étais très impliquée mais en fait je prenais des notes pour un roman que j’allais écrire. J’essayais de fixer ce qu’il se faisait pendant ces séances mais que je n’ai pas forcément remis dans le livre. C’était une façon de commencer à travailler sur le langage, pour créer une opposition entre ce langage hyper formaté et quelque chose de plus subjectif, chaleureux, enfantin.

Alphéna : Vous avez publié deux romans avant d’entre en Master de création littéraire, et ensuite pendant ce Master, Habilités Sociales. Avez-vous senti un changement de perception de la part des éditeurs ou d’autres auteurs?

Camille C. : J’ai totalement changé de réseau, Flammarion c’est totalement différent des petites maisons d’éditions indépendantes dans lesquelles j’étais avant. Ce qui m’a un peu énervée, c’est que les gens ont beaucoup réduit tout ce que j’ai écrit à ce livre en particulier. Pour moi, c’est totalement l’inverse, c’est ce livre (Habilités Sociales) qui est hyper marginal dans tout ce que j’ai écrit, parce que je l’ai écrit dans le master et que c’était une expérience unique d’être au sein de ce master et de voir la façon dont cela pouvait hybrider mon écriture mais du coup, tout le monde a pensé que ce type d’écriture était ce qui me caractérisait le plus alors que j’ai plutôt essayé de me cacher au sein du master en modifiant mon écriture parce que ce n’est pas mon écriture naturelle ce que j’ai fais à ce moment-là. Donc voilà, parce que c’était Flammarion, on ne voit que ça, ça éclipse le reste.

Alphéna : Est-ce que vous pensez que ce master attire plus les grosses maisons d’édition qu’autre chose?

Camille C. : Ca attire toutes les maisons d’édition.

Alphéna : Vous aviez envoyé vos précédents romans a de grosses maisons d’édition?

Camille C. : Non, je cherchais vraiment des choses très précises. Je recherchais qui pouvait publier de la littérature expérimentale ou des textes courts. Je ne suis jamais tombée sur des grosses maisons d’édition. Chez une maison comme Flammarion, je n’avais aucune idée avant ce que pouvait être leur ligne éditoriale, il y a tellement de choses qu’on ne peut pas s’y reconnaître. Maintenant, je connais le fonctionnement à l’intérieur, je sais qu’il y a plusieurs éditeurs et que l’éditrice avec laquelle je travaille est géniale, je sais à quoi elle s’intéresse. De l’extérieur, on ne voit pas du tout ça, c’est difficile de s’approcher de cette structure parce qu’on ne sait pas qui sont les gens derrière.

Alphéna : Pour finir, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce master de création littéraire?

Camille C. : J’écrivais déjà et je savais que j’allais continuer à écrire mais j’étais dans une période un peu charnière, j’étais professeure à l’époque et je détestais ce travail. Je suis tombée là dessus, j’étais encore dans la tranche d’âge pour retourner à l’université, c’était pour approfondir et découvrir de nouvelles pratiques mais ça a été beaucoup plus loin que ce que je pensais. Je me suis retrouvée à créer des performances, de choses que je n’aurai jamais pensé pouvoir faire. Cela n’a pas juste modifié mon écriture, ça m’a ouvert à différents supports de création et au collectif. Ce n’est pas du tout dans mon caractère de travailler avec des gens. En sortant de ce master, on a créé un collectif avec des ami.e.s. Ce qui était très intéressant dans ce master, c’était d’avoir un laboratoire de recherche sur l’écriture, on pouvait tenter plein de choses avec des lecteurs cobayes sur qui on va expérimenter des choses. On a voulu conserver ce concept de « laboratoire de recherche sur l’écriture en créant un collectif pour continuer à expérimenter différentes choses.
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Interview: Elitza Gueorguieva

Après sa performance appréciée par le public et une discussion avec Camille Cornu, Elitza Gueorguieva a accepté de répondre à nos questions sur son livre Les cosmonautes ne font que passer ainsi que de la performance qu’elle a créé autour de son ouvrage.

Alphéna: Pour commencer, pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez créé cette performance?

Elitza G.: La performance que j’ai présenté était au départ pour ma soutenance, je ne voulais pas faire quelque chose de sérieux, je voulais que cette présentation soit un peu plus humoristique, qui, pour moi, correspondait aussi au ton du roman. En même temps, cela me permettait de montrer certains objets qui étaient parfois des vrais documents de recherche et de création et en même temps parfois, c’était aussi des objets qui étaient plutôt ludiques et qui n’avait rien à voir avec de la vraie documentation. Et puis au final, cette performance a évoluée, je l’ai proposée en tant que livre, j’ai décidé de faire quelque chose d’un peu plus long, d’inclure d’autres images, de faire un peu plus comme une conférence qui présente le livre.

Alphéna: Comment avez-vous construit cette performance?

Elitza G.: Je me suis dit qu’il fallait parler de l’écriture, et en même temps exposer mon travail, tout en prenant en compte le vrai périple de l’écriture puisque je suis passée par plusieurs formes et envies avant de trouver la forme finale. Donc au final, cette performance rend compte de toutes les hésitations qu’il y a eu pendant l’écriture. Donc voilà, je l’ai construite en décrivant plus ou moins par ordre chronologique les événements.

Alphéna: Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous inscrire en master de création littéraire?

Elitza G.: D’une part, c’était la rencontre des professeurs que j’avais déjà eu en licence et qui m’ont parlé de ce master bien avant qu’il existe. Il se trouve que ce livre, j’avais déjà commencé à l’écrire, cela coïncidait avec la création du Master et je me suis dit que c’était plus agréable de le continuer dans ce contexte-là. Je pense que, dans tous les cas, je l’aurai écrit mais c’est vrai que j’ai choisi de le faire dans le carde du Master.

Alphéna: Alors qu’à l’origine, vous aviez plutôt une formation de cinéaste.

Elitza: Oui, j’ai d’abord fait des études de cinéma, j’ai un Master de création cinématographique dans la même université, c’est d’ailleurs un peu l’équivalent en cinéma. J’ai repris plus tard des études en lettres pour peut-être me sentir légitime, à l’époque, je me disais juste que j’allais prendre des cours en littérature et au final, ça m’a vraiment passionnée, je suis restée plus longtemps. Ca a confirmé mes envies d’écriture, même si c’est plutôt l’envie d’écrire qui m’a amené à la fac.

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Retour sur la première journée

Ce lundi 4 février, la 9ème édition des Bruits de Langues démarre à l’université de Poitiers. Le festival s’ouvre par une série de discours de la part de ses partenaires. Des encouragements et des remerciements envers Martin Rass, Stéphane Bikialo et les étudiantes du Master LiMès, organisateur.trice.s de ce festival unique en France. 

« Rencontrer la littérature, la poésie, s’intéresser aux auteurs contemporains, sont de véritables atouts dans notre société. »

Nous dit la vice-présidente en charge de la culture.

Pour clôturer cette cérémonie d’ouverture, un hommage est rendu à Jean-Richard Bloch (écrivain, homme politique, journaliste et poète français du XXème siècle) avec la lecture d’un extrait de son livre Destin du Siècle (Chapitre 3 : Entre Apollon et Marsyas).

Elitza Guerguieva

Elitza Gueorguieva prend ensuite place devant l’assemblée. Lumière tamisée. Décor sombre. Elle nous raconte le procédé qui l’a menée à écrire son premier roman Les Cosmonautes ne font que passer. Pour ce faire, elle utilise une pointe d’humour accompagnée d’objets divers et variés: une photo de son chien, une médaille, une carte postale… Le récit d’une jeune narratrice qui rêve de devenir cosmonaute, comme Iouri Gargarine, dans une Bulgarie post-communiste.

Camille Cornu

Elitza est ensuite rejointe par Camille Cornu, autrice du roman Habilités sociales. Les deux romancières échangent sur leurs différentes expériences. Elles sont en effet toutes les deux issues du Master Création Littéraire de l’université de Paris 8.

Marie Cosnay

16h. La conférence avec Marie Cosnay démarre. Autrice d’une trentaine de livres. Publiée chez différents éditeurs. On ne la présente plus. Elle est venue nous présenter son dernier ouvrage Éléphantesque. Mêlé d’archives et de narration c’est un livre conçu en famille qui malgré le sujet qu’il traite a donné du plaisir à l’autrice.

Alexander Kluge

En fin d’après midi, on contacte Alexander Kluge, cinéaste et écrivain allemand,  via Skype pour une conférence interconnectée. Une rencontre traduite et animée par Martin Rass. Des scènes extraites de sa filmographie viennent imager son cinéma militant, notamment sur l’édition de ses œuvres complètes sous le titre La Chronique des sentiments, deux volumes déjà sortis.

Comment accueillir ?

La journée se termine à l’Espace Mendès-France qui ouvre exceptionnellement ses portes un lundi pour nous accueillir. On y retrouve Marie Cosnay en compagnie de Camille Louis pour un échange sur la langue de l’hôte. Une discussion très émouvante sur la migration et l’accueil des migrant.e.s en France comme ailleurs. 

La langue de l’hôte – enregistrement audio de la rencontre

Une belle réussite pour ce premier jour de festival.