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BDL 2019 Mercredi 06/02/19

Interview : Bénédicte Heim

Marie-Lou : Nous avons entendu que vous aviez beaucoup travaillé sur le langage, quel serait votre rapport à l’oulipo et au surréalisme?

Bénédicte H. : J’en ai beaucoup lu à une époque mais ce n’est pas pour ça sue je m’en suis inspiré pour mon travail, en tout cas ce n’est pas conscient.

Marie-Lou : Pendant la conférence,vous avez souvent utilisé les mots « extase », « éclatement », on y voit un certain mouvement vers l’extérieur, est-ce qu’il vous arrive de faire l’inverse, plutôt un mouvement vers l’intérieur?

Bénédicte H. : C’est un mouvement centrifuge, si l’écriture me ramène à mes propres fermetures, c’est un échec total. J’essaie de faire éclater les barrières, de rendre les choses les plus pulsatiles possible, d’aller au delà de ce qui nous arrête. Si je m’aperçois que je suis en train de me répéter ou que je suis captive de mécanismes répétitifs, je m’arrête.

Marie-Lou : Tout ça me fait penser à la danse, est-ce que c’est quelque chose que vous pratiquez?

Bénédicte H. : Je suis une piètre danseuse mais je suis complètement fasciné par les danseurs, par le rapport au corps qui allie à la fois la souffrance et l’extase, ils s’infligent des choses inouïes. En même temps, ils arrivent à un état de dépassement, ils vivent des moments de félicités dont on a pas idée. C’est quelque chose que j’essaie d’approcher à travers l’écrit parce que je ne sais pas danser.

Marie-Lou : Avez-vous pensé à un projet conjoint entre danse et écriture?

Bénédicte H. : C’est un univers que je fréquente peu. J’ai des ami·e·s peintres, dessinateurs, même des musiciens mais pas de danseurs. Si l’opportunité se présente, je serai ravie de le faire.

Marie-Lou : Toujours sur cette idée d’éclatement, quand vous commencez un livre, êtes-vous plus dans l’idée de partir de quelque chose ou plutôt de partir d’une page blanche qui ferait naître quelque chose?

Bénédicte H. : Au départ il y a la page blanche, puis des figures, des sensations me traversent et au fil des mots, les figures se mettent en place et quelque chose naît. Le langage donne corps au réel. Je n’ai pas d’idée préconçue, je peux avoir des images, des états ou des figures que j’ai envie de mettre en scène mais ce n’est pas précis, il n’y a pas de plan.

Marie-Lou : J’aimerai revenir sur l’enfance, pendant la conférence, vous nous avez donné votre vision de celle-ci, avez-vous envie de préserver cette pureté que peuvent avoir les enfants ou plutôt de l’exploiter, quitte à parfois la blesser?

Bénédicte H.: J’essaie de toucher le moins possible à l’humain parce que tout est mélangé. Chez les enfants, il y a aussi un sens aigu de la cruauté, du mal, je n’ai pas la prétention de l’extirper à moi toute seule. Je prends l’enfant dans son ensemble et j’essaie juste de l’aiguillonner à travers des questions ou des propositions pour faire surgir ça et de l’isoler du reste pour faire susciter quelque chose.

Marie-Lou : Diriez-vous qu’il y a une construction entre l’adulte et l’enfant ? Entre l’enfant qui peut avoir des raisonnements d’adultes et l’adulte qui a gardé son « âme d’enfant »

Bénédicte H. : Il y a des adultes qui ont su préserver l’enfance en eux et qui la cultive et qui ont parfois plus de pureté que des enfants qui ont déjà été abîmés par beaucoup de choses. Ça dépend des individus.

Marie-Lou : Qu’aimez-vous dans l’enseignement ?

Bénédicte H. : Ce que j’aime, c’est cette friction, on est tout le temps au corps à corps. C’est souvent dur avec les élèves que j’ai parce qu’ils sont très récalcitrants, ils sont parfois violents. C’est à chaque fois une bataille pour qu’ils restent calme, qu’ils se mettent à écrire, qu’ils consentent à lire. Au bout d’un moment, ils se rendent compte qu’ils ont quelque chose à extraire de ce que je leur propose, que ce n’est pas une punition, qu’ils sont parfois mis en valeur, que c’est un champ d’expression de liberté qui leur est ouvert. Cette année, j’ai une classe absolument épouvantable, ils peuvent être d’une vulgarité et d’une cruauté entre eux inouïe mais il y a quelque chose qui m’ébloui, au fil du temps, ils se sont pris de passion pour l’écriture et maintenant ils adorent écrire. Je me dis que j’ai réussi à ouvrir cette brèche en eux, ils se rendent compte que l’écriture peut être libératrice. Ils viennent même me réclamer du temps pour pouvoir présenter leurs textes, les lire devant la classe. C’est là que je me dis que ça vaut le coup.

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BDL 2019 Mercredi 06/02/19

Interview : Alidé Sans

Marie-Lou : Nos premiers questions se basent surtout sur la musique, peux-tu nous dire comment tu en es arrivée là ?

Alidé S. : Mes premiers contacts avec la musique remonte à mon enfance, ma mère est professeure de musique dans une école, elle chantait ses chansons à la maison. Ensuite, j’ai fais des études de musique mais je voyais plus ça comme un jeu, pas comme quelque chose de sérieux. J’ai écrit mes premières chansons à l’âge de quinze ans, après ça, on a fait un clip avec un groupe de hip-hop qui vient du même endroit que moi. Le clip a pas mal tourné et c’est grâce à ça que j’ai été repérée par un festival, on peut dire que c’est à ce moment-là que c’est devenu un projet plus professionnel. C’était en 2013, mon premier concert avec mes propres chansons et depuis je n’ai pas arrêté.

Marie-Lou : Tu fais de la musique toute seule ou avec un collectif?

Alidé S. : C’est toujours moi qui écrit les chansons mais depuis trois ans, je fais parti d’un duo, un guitariste m’accompagne, il joue aussi de la basse, des percussions. On a aussi un ingénieur son qui nous suit depuis deux ans.

Marie-Lou : Où trouves-tu ton inspiration pour écrire tes textes? As-tu des thèmes de prédilection?

Alidé S. : Je dis souvent que mon inspiration, c’est la vie, les expériences que je vis. Après, quand j’écris, j’essaie de sortir de moi-même pour essayer d’universaliser les choses. Après, je remarque que dans les textes que j’écris, sans que ce soit intentionnel, il y a beaucoup l’influence de la nature,  la nature est très présente, la femme aussi.

Marie-Lou : Tu parles beaucoup de la femme, te décrirais-tu comme une féministe? Et l’homme, tu en fais quoi?

Alidé S. : Je découvre que je suis féministe. L’homme est présent dans mes chansons mais la femme a une présence intéressante. J’ai une chanson qui parle de la séparation d’un couple, c’est plutôt humoristique. Au début, la fille est triste parce qu’il est parti sans rien dire,  elle trouve des chemises à lui dans sa maison et elle pleure, elle pleure tout le temps. Finalement, elle trouve une bouteille d’alcool, elle commence à boire et c’est une tragédie, mais ensuite elle réfléchit et le remercie d’être parti puisque maintenant, même si elle est seule, elle peut être entière, dans le sens où on dit souvent qu’on est la moitié de quelqu’un quand on est dans une relation amoureuse.

Lou : Au début tu chantais en espagnol, puis tu es revenue à ta langue « maternelle », est-ce que tu chantes encore en espagnol parfois?

Alidé S. : Quand j’ai commencé à écrire, je le faisais en espagnol, je n’ai jamais parlé espagnol avec ma famille, mais mon entourage, les gens qui faisaient de la musique le faisaient en espagnol. Mais quand j’ai commencé à faire des concerts, j’ai ressenti un conflit intérieur, je voyais qu’il y avait du monde qui commençait à m’écouter et que je nourrissais une langue qui n’était pas la mienne et qui, en quelque sorte, prenait la place de celle à laquelle je m’identifiais le plus. J’en ai conclu que je ne pouvais pas continuer comme ça. J’ai découvert que c’était plus naturel et plus sincère pour moi d’écrire et de m’exprimer dans cette langue, ça ne venait pas d’une « pression » de mon entourage.

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BDL 2019 Mercredi 06/02/19

Interview: Robin Cousin

Après la discussion avec Benoît Preteseille, Robin Cousin nous a accordé quelques minutes pour répondre à nos questions.

Amélie : Pouvez-vous nous parler de l’atelier BD qui vous avez mené avec l’Université ?

Robin C. : Il s’est super bien passé. Le thème était l’utopie, le but était de créer avec les étudiants, une utopie. Dans un premier temps, on ne dessinait pas du tout, ils se mettaient d’accord sur les idées, j’essayais de ne pas trop m’impliquer. Ensuite, ils devaient raconter cette utopie en bande dessinée. C’était hyper intéressant, on a beaucoup parlé politique, de problèmes écologiques, économiques… Ça m’a même inspiré pour le projet que j’ai pour l’université pendant ma résidence, c’est ce qui m’a donné envie de raconter l’histoire d’étudiants dans mon projet.

Amélie : Quels conseils donneriez-vous à un auteur de BD qui veut se lancer ? Faut-il forcément passer par la case « études en bande dessinée » ?

Robin C. : Non, je pense que les études, c’est bien mais c’est pas nécessaire. Quand on dessine dans son coin, on a tendance à avoir des systématismes, peut-être être un peu fermé. Les études forcent à découvrir des choses qu’on aurait pas découvert par soi-même. J’ai plusieurs conseils, faire des livres, même si c’est un fanzine, mais publier ses histoires, même si c’est en cinq exemplaires et les distribuer autour de soi. Ce qui est important c’est d’être vu. C’est une bonne expérience de penser le livre entier, la couverture, la fin… Pour en faire son métier, je pense qu’il est important d’aller rencontrer des éditeurs, faire des stages pou voir concrètement ce milieu-là, ce que ça implique. Je sais que dans l’édition indépendante, ça fonctionne beaucoup aux relations donc il faut rencontrer les gens, discuter avec eux.

Amélie : Pourquoi avoir fait autant de livre sur la science-fiction ?

Robin C. : Pour le moment, c’est ce qui m’intéresse le plus. Les articles scientifiques, pour moi, c’est une bonne source de découverte, d’étonnement et d’inspiration, parce que c’est souvent surprenant, la science permet de mettre le doigt sur certains aspects très précis du monde. Ça va du cerveau  aux plantes, aux étoiles, les découvertes se font dans tous les domaines, ça m’inspire beaucoup mais je n’ai pas envie de me cantonner à la science-fiction, c’est juste qu’en ce moment, c’est ce qui m’inspire le plus.

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BDL 2019 Mardi 05/02/19

Interview : Nathalie Fillion

Après sa conférence, Nathalie Fillion a répondu à quelques unes de nos questions.

Laure: Quelles sont vos inspirations pour vos oeuvres?

Nathalie F.: Ce sont plutôt des questions au départ, qui peuvent naître de fictions, de la vie, de décès, tout un tas de lectures mais je dirais que ce qui me fait démarrer, c’est quand j’ai la bonne question ou la tension dramatique. Une question dynamique.

Laure: Y a-t-il un auteur qui vous a marqué dans votre vie?

Nathalie F.: Il y en a plein. Je lisais beaucoup quand j’étais enfant et jeune, beaucoup de choses qui m’ont nourrie, autant les romans que la BD, mes parents m’emmenaient beaucoup au cinéma donc beaucoup de fiction. Je ne pourrai pas choisir un seul auteur.

Laure: Auriez-vous un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait se lancer dans la mise en scène par exemple?

Nathalie F.: La patience. Il faut aussi bien connaître les acteurs, il faut u moins passer par le plateau même si on ne veut pas être acteurs, de prendre ce risque là. Les acteurs sont de gens qui s’exposent beaucoup et il faut l’avoir vécu dans son corps pour pouvoir leur parler, les comprendre.

Laure: Vous qui avez aussi joué, qu’avez-vous aimé dans cette expérience et qu’est-ce que vous avez préféré dans l’écriture?

Nathalie F.: J’ai aimé les deux, j’aime écrire, j’aime mettre en scène. Ce qui me manque maintenant que je ne joue plus, c’est la camaraderie qu’il y a entre les acteurs. Il y a parfois un côté très insouciant, très « déconneur ». Quand on porte une mise en scène, on perd un peu ce côté-là. Je regrette parfois certaines légèretés de la vie d’acteur, qui a ses limites aussi. C’est le côté de « bande » qui me manque mais j’aime aussi la solitude, j’aime bien alterner.

Laure: Vous nous avez dit que la langue était comme la musique: infinie. Il y a-t-il un aspect qui vous fait peur, par exemple de ne pas pouvoir exploiter toute cette langue?

Nathalie F.: On n’a pas assez d’une vie pour écrire tout ce qu’on a à écrire, creuser tout ce qu’on a à creuser. C’est un peu frustrant mais l’infini ne me fait pas peur, au contraire. C’est rassurant de savoir que l’art dans lequel on s’est lancé par intuition est infini. Ça fait du bien de se confronter à l’infini.

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BDL 2019 Mardi 05/02/19

Interview : Arno Bertina

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mégane : Pensez-vous que nous sommes observateurs de notre vie, contrairement aux personnages de vos livres qui seraient plus dans la position d’acteur?

Arno B. : Je ne pense pas qu’on puisse faire une distinction comme ça, les personnages de ce roman-là sont en l’occurrence sont assez ordinaires, ils se révoltent mais ce n’est pas parce qu’on a le reste du temps une vie ordinaire qu’on est incapable de se révolter à un moment et donc de basculer dans une vie extraordinaire ou de faire quelque chose d’extraordinaire. Je pense que c’est valable aussi pour nous, par exemple, là c’est un temps extraordinaire, pas dans le sens héroïque mais qui tranche avec le quotidien, là c’est l’organisation de ce festival, écrire un livre est aussi un temps qui tranche avec le quotidien. On est jamais strictement observateur de notre vie, de la même manière qu’on est jamais strictement acteur. Je pense qu’on passe toujours de l’un à l’autre avec une extrême rapidité, qu’on est à la fois acteur, passif et que peut-être l’écriture c’est souligner ça. Souvent les gens ont tendance à mettre les autres dans une catégorie bien précise, l’écriture peut montrer qu’au contraire, on peut circuler entre ces identités.

Mégane : Justement, par rapport à l’écriture de votre œuvre, avez-vous une idée précise de l’avenir de vos personnages?

Arno B. : C’es différent pour chaque livre, pour certains livres, j’ai un plan très clair et le résultat n’en est pas très différent. Avec certains livres, je me lance dedans sans avoir exactement vers quoi ça va. On a toujours un point final en tête mais il peut changer au cours de l’écriture. Pour Des Châteaux Qui Brûlent, j’avais pendant longtemps une fin très différente et c’est dans la dernière année de travaille que ça a changé. Quand je commence un chapitre, j’ai quand même une idée approximative des cinq prochains chapitres au minimum, sinon, on est trop dans le vague.

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Mégane : Pensez-vous que la symbiose entre fête et révolte est le cycle de notre vie?

Arno B. : La vie est toujours en deux temps, par exemple le moment où on parle et le moment où on se tait, le moment où inspire et le moment où on expire. On pourrait décrire la vie avec des choses binaires, l’intérêt est de montrer que la vie est faite de cycles. Dire qu’il y a la vie et ensuite la mort, c’est trop simple puisque après la mort, il y a la décomposition, de la vie réapparaît à partir de ça. Ce qui est beau, même si on est dans un système binaire, c’est de montrer que ce système binaire est sans fin, que ce n’est pas si binaire que ça.

Mégane : Est-ce que l’actualité en France pourrait vous inspirer pour une prochaine œuvre, notamment avec les gilets jaunes et cette paroles en communion?

Arno B. : Peut-être pas parce que c’est déjà ce que j’ai essayé de montrer: comment un groupe arrive à se parler, comment avec les collègues qu’on fréquente au quotidien et à qui on ne parle pas parce qu’on a pas le temps, dès lors qu’on arrête la chaîne, on peut se parler. Donc non, je ne vais pas revenir exactement sur la même chose et parfois il faut du temps avant de comprendre. Ce n’est pas parce que c’est un sujet passionnant que ça doit forcément devenir un livre. Parfois il faut trouver une tension supplémentaire à l’intérieur de ça.

Photo en haut – Ouest-France : Ouvrières et ouvriers devant l’abattoir Doux, source d’inspiration du roman Des Châteaux qui brûlent d’Arno Bertina.

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BDL 2019 Mardi 05/02/19

Retour sur la deuxième journée

Le festival continue avec une nouvelle journée de conférences. Au programme du jour, Camille de Toledo, Arno Bertina, Nathalie Fillion, Victor Abbou et Simon Attia.

Camille De Toledo

Camille De Toledo. Artiste, vidéaste, écrivain, il est difficile de le présenter tant son oeuvre est prolifique. De la même manière, il écrit aussi bien du roman, des fables que de la poésie. Il nous présente son nouveau roman graphique Herzl, une histoire européenne, illustré par Alexander Pavlenko. La vie d’Ilia Brodsky, son exil à travers l’Europe, de la Russie à l’Angleterre, sa rencontre avec un jeune Theodor Herzl, son désir de comprendre.

La rencontre se centre sur l’Europe et sa polyphonie. Des questions essentielles sont posées: Comment faire un espace politique quand on ne parle pas la même langue ?

Camille De Toledo nous dit qu’il a toujours en lui une part de spéculation utopique et une part de déception. Avant d’emménager à Berlin, il avait un espoir que l’entité allemande ait totalement disparu, mais la reconstruction de cette entité, il l’a vécu, comme un cycle noir sans fin. Par ses écrits, Camille De Toledo veut laisser une trace de l’espoir pour l’avenir, une sorte de chemin qui donne des ressources à des lecteurs dans l’avenir.

Arno Bertina

Arno Bertina vient nous présenter son nouveau roman engagé, Des châteaux qui brûlent. Un secrétaire d’Etat séquestré par les salarié.e.s d’un abattoir placé en liquidation judiciaire. Une scène en huis clos qui change pour Arno Bertina qui a eu longtemps l’impression que ses personnages devaient être en mouvement pour que leurs mouvements intérieurs ressortent. On y retrouve tout de même une certaine agitation dans la révolte.

Dans toutes formes de révolte, l’auteur nous dit qu’il y retrouve un esprit de fête. Lorsque l’on se révolte, on veut s’émanciper des lois et donc retrouver une forme de liberté, de célébration. Arno Bertina prend exemple sur l’actualité avec les Gilets Jaunes. On peut retrouver dans les tags et slogans des manifestant.es une inventivité verbale qui s’exprime systématiquement avec humour. De même avec le phénomène des ronds points, on redécouvre une sociabilité plus vaste que celle du café. C’est d’ailleurs cet effet de célébration qui fait pression sur l’Etat, car plus la fête est expensive, plus elle est inquiétante.

Nathalie Fillion

Nathalie Fillion se décrit elle-même comme une femme de théâtre. Écrivaine, metteuse en scène, actrice. L’humour est omniprésent dans son écriture. Faire rire est quelque chose de vital pour elle.

« Quant à l’humour, il est comme le port du casque dans un chantier, obligatoire ».

À l’Ouest

Même sur des sujets très grave, Nathalie Fillion arrive à faire rire comme avec sa pièce À l’ouest  qui traite de l’argent au sein d’une famille. Les personnages sont décrits avec beaucoup d’humour et les lecteur.ices se retrouvent à rire à chaque page. Nous avons d’ailleurs retrouvé Studio Monstre et le Conservatoire de Poitiers le soir même à la Maison des Trois Quartiers pour une lecture de cette oeuvre. Une représentation mise en scène par Daisy Body, pour laquelle elle a effectué quelques coupes mais qui conserve toute la profondeur des thématiques traitées par la pièce. 

Le festival s’appelant Bruits de Langues, Nathalie Fillion revient sur l’importance qu’elle apporte aux bruits de la langue française. Pour elle, la musique est le plus grand des arts, elle entend la langue avant de l’écrire. De même sa formation d’actrice l’aide à apprécier la prononciation et la sensualité de la langue. C’est quelque chose qui se retrouve dans ses écrits. Elle nous confit qu’elle aimerai pouvoir écrire dans toutes les langues. Ses textes sont traduits dans différentes langues qu’elle ne maîtrise pas forcement et on peut donc se demander si son travail sur la langue se ressent également dans ces traductions.

Victor Abbou et Simon Attia

Victor Abbou témoigne dans son autobiographie Une clé sur le monde de cette période qu’on appelle L’Eveil des Sourds. En 1880, la langue des signes à été interdite. Pendant près de 100 ans elle a été oublié et n’a vécu aucune évolution. Victor Abbou lui-même n’a pas pu rentrer à l’école avant l’âge de 9 ans, il ne savait ni lire, ni écrire, ni signer. Le 21 février 1977, il est témoin de l‘installation de l’IVT (International Visual Theatre) au Château de Vincennes. Là il rencontre Alfredo Corrado (sourd américain) et Jean Gremion (entendant français). C’est la première fois que Victor Abbou voit un entendant signer, c’était quelque chose de totalement inédit. Grace à cette organisme la France va voir émerger le métier d’interprète de langues des signes, jusqu’alors inexistant, ce qui va vraiment être une avancé dans la culture sourde.

Une clé sur le monde est édité par Eyes Editions. C’est une maison d’édition qui représente bien l’ouverture sur le visuel. Pour chaque chapitre, on retrouve un QR code renvoyant à une interview de Victor Abbou pour plus d’informations. 

La rencontre se poursuit lorsque Victor Abbou est rejoint par Simon Attia pour performer un extrait de leur spectacle « Frères Rivaux ». Cette pièce, plaisante et touchante, met l’accent sur un humour visuel et la richesse de la langue des signes.

On vous retrouve demain pour de nouvelles aventures.

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BDL 2019 Lundi 04/02/19

Interview: Marie Cosnay

Marie Cosnay a accepté, à la suite de sa conférence, de nous accorder encore quelques minutes pour approfondir certains points.

Mélody: A quel moment, selon vous, devient-on écrivain? Y’a-t-il eu un moment où vous vous êtes dit « c’est bon, je suis écrivaine »?

Marie C.: A partir du moment où on publie un texte à compte d’éditeur, on est auteur, on a une fonction, c’est le métier. Se sentir écrivain une fois pour toutes, c’est comme se sentir quelque chose une fois pour toutes, je n’en sais rien. Pour l’instant, il se trouve que j’ai besoin de cette activité, j’ai besoin de ça pour ne pas m’ennuyer. Maintenant, ce n’est pas lutter contre l’ennui qui fait de moi quelqu’un qui exerce le métier d’écrivain.  On est à la fois écrivain parce qu’on publie des livres qui sont vendus en librairie, qu’un éditeur en est garant. C’est ça qui est important, on est pas seul avec son texte, à partir du moment où quelqu’un est garant alors, à ce moment-là, on accède à ce qu’on pourrait définir comme de l’ordre du métier et de la fonction sociale et on peut appeler ça « écrivain ». Mais, se sentir écrivain, intimement, c’est une autre affaire. Par exemple, quand je finis un livre, il part vers l’éditeur. Et puis, pendant six mois, pour vivre, je dois faire des petits boulots, pendant ces six mois, je ne vais pas être à mon bureau, qui me dit que je suis écrivain? Pour moi, ce que j’ai fait autrefois ou ce que je ferai après demain ne garanti pas ce que je suis au moment présent. Donc au moment où je n’écris pas je ne suis pas écrivain, au moment où j’écris, peut-être un peu quand même.

Mélody: Autre sujet, pourquoi avoir traduit Les Métamorphoses d’Ovide? Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans ce texte?

Marie C.: C’est un texte magnifique mais ce n’est pas fini, il y aurait encore plein d’autres choses à traduire. Il y a trois textes que j’aimerais traduire: Les Métamorphoses d’Ovide, c’est maintenant fait, l’Enéide de Virgile, j’en ai traduit des morceaux, et puis j’adorerai traduire De rerum natura de Lucrèce. J’ai commencé par le plus facile, en tout cas, je trouve que c’est plus facile que Lucrèce. Les Métamorphoses, c’est une sorte de travail de métamorphose sur l’épopée, c’est fascinant. C’est le genre d’oeuvre qui ne laisse pas la place à l’ennui, je pense qu’Ovide a aussi très peur de s’ennuyer donc une histoire enchaîne sur une autre, puis encore une autre…

Mélody: Pour finir, nous nous sommes rendues compte que les thèmes que vous abordez dans vos livres sont très disparates

Marie C.: A part peut-être le mouvement, les moments historiques à déchiffrer, comme ce qu’il s’est passé à ce moment-là. Par exemple, les journées sanglantes qui achèvent la commune de Paris, qui sont les vainqueurs? Qui sont les vaincus? Qu’est-ce qu’il se passe quand un gamin de quinze ans quitte son pays pour tenter une aventure, une aventure un peu obligée et en même temps un peu rêvée. Que se passe-t-il quand un gamin de quinze ans s’engage contre le nazisme dans un petit village du Médoc alors que rien familialement ne l’y a amené? A chaque fois, cela part d’une question, peut-être que chacun de mes livres pourrait se résumer par une question, qu’est-ce qu’il se passe et comment on en arrive là?

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BDL 2019 Lundi 04/02/19

Interview : Camille Cornu

Après la rencontre et discussion avec Elitza Gueorguieva, Camille Cornu, autrice (entre autres) de Habilités Sociales, nous a accordé un petit moment.

Alphéna : Pendant la discussion, vous êtes revenue à plusieurs reprises sur le Manuel d’entrainement aux Habilités Sociales qui vous a servi de base pour votre roman, comment l’avez-vous découvert?

Camille C. : J’étais dans un hôpital de jour et je devais apprendre à utiliser ce manuel pour apprendre à communiquer, c’était une grande découverte littéraire pour moi. Je m’intéresse beaucoup à la façon dont les choses sont écrites, aux différents tons, aux différentes utilisations du langage. Dans ce manuel, on a quelque chose d’hyper formaté, d’hyper solitaire mais qui à la fois était censé apprendre à créer du lien, pour moi c’était une sorte de contradiction hyper poétique. Quand je suis tombée dessus, j’ai tout de suite voulu l’utiliser comme un matériau littéraire. Justement, quand j’étais dans ces séances d’entrainement aux habilités sociales, je prenais toujours des notes, mes psys pensaient que j’étais très impliquée mais en fait je prenais des notes pour un roman que j’allais écrire. J’essayais de fixer ce qu’il se faisait pendant ces séances mais que je n’ai pas forcément remis dans le livre. C’était une façon de commencer à travailler sur le langage, pour créer une opposition entre ce langage hyper formaté et quelque chose de plus subjectif, chaleureux, enfantin.

Alphéna : Vous avez publié deux romans avant d’entre en Master de création littéraire, et ensuite pendant ce Master, Habilités Sociales. Avez-vous senti un changement de perception de la part des éditeurs ou d’autres auteurs?

Camille C. : J’ai totalement changé de réseau, Flammarion c’est totalement différent des petites maisons d’éditions indépendantes dans lesquelles j’étais avant. Ce qui m’a un peu énervée, c’est que les gens ont beaucoup réduit tout ce que j’ai écrit à ce livre en particulier. Pour moi, c’est totalement l’inverse, c’est ce livre (Habilités Sociales) qui est hyper marginal dans tout ce que j’ai écrit, parce que je l’ai écrit dans le master et que c’était une expérience unique d’être au sein de ce master et de voir la façon dont cela pouvait hybrider mon écriture mais du coup, tout le monde a pensé que ce type d’écriture était ce qui me caractérisait le plus alors que j’ai plutôt essayé de me cacher au sein du master en modifiant mon écriture parce que ce n’est pas mon écriture naturelle ce que j’ai fais à ce moment-là. Donc voilà, parce que c’était Flammarion, on ne voit que ça, ça éclipse le reste.

Alphéna : Est-ce que vous pensez que ce master attire plus les grosses maisons d’édition qu’autre chose?

Camille C. : Ca attire toutes les maisons d’édition.

Alphéna : Vous aviez envoyé vos précédents romans a de grosses maisons d’édition?

Camille C. : Non, je cherchais vraiment des choses très précises. Je recherchais qui pouvait publier de la littérature expérimentale ou des textes courts. Je ne suis jamais tombée sur des grosses maisons d’édition. Chez une maison comme Flammarion, je n’avais aucune idée avant ce que pouvait être leur ligne éditoriale, il y a tellement de choses qu’on ne peut pas s’y reconnaître. Maintenant, je connais le fonctionnement à l’intérieur, je sais qu’il y a plusieurs éditeurs et que l’éditrice avec laquelle je travaille est géniale, je sais à quoi elle s’intéresse. De l’extérieur, on ne voit pas du tout ça, c’est difficile de s’approcher de cette structure parce qu’on ne sait pas qui sont les gens derrière.

Alphéna : Pour finir, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce master de création littéraire?

Camille C. : J’écrivais déjà et je savais que j’allais continuer à écrire mais j’étais dans une période un peu charnière, j’étais professeure à l’époque et je détestais ce travail. Je suis tombée là dessus, j’étais encore dans la tranche d’âge pour retourner à l’université, c’était pour approfondir et découvrir de nouvelles pratiques mais ça a été beaucoup plus loin que ce que je pensais. Je me suis retrouvée à créer des performances, de choses que je n’aurai jamais pensé pouvoir faire. Cela n’a pas juste modifié mon écriture, ça m’a ouvert à différents supports de création et au collectif. Ce n’est pas du tout dans mon caractère de travailler avec des gens. En sortant de ce master, on a créé un collectif avec des ami.e.s. Ce qui était très intéressant dans ce master, c’était d’avoir un laboratoire de recherche sur l’écriture, on pouvait tenter plein de choses avec des lecteurs cobayes sur qui on va expérimenter des choses. On a voulu conserver ce concept de « laboratoire de recherche sur l’écriture en créant un collectif pour continuer à expérimenter différentes choses.
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BDL 2019 Lundi 04/02/19

Interview: Elitza Gueorguieva

Après sa performance appréciée par le public et une discussion avec Camille Cornu, Elitza Gueorguieva a accepté de répondre à nos questions sur son livre Les cosmonautes ne font que passer ainsi que de la performance qu’elle a créé autour de son ouvrage.

Alphéna: Pour commencer, pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez créé cette performance?

Elitza G.: La performance que j’ai présenté était au départ pour ma soutenance, je ne voulais pas faire quelque chose de sérieux, je voulais que cette présentation soit un peu plus humoristique, qui, pour moi, correspondait aussi au ton du roman. En même temps, cela me permettait de montrer certains objets qui étaient parfois des vrais documents de recherche et de création et en même temps parfois, c’était aussi des objets qui étaient plutôt ludiques et qui n’avait rien à voir avec de la vraie documentation. Et puis au final, cette performance a évoluée, je l’ai proposée en tant que livre, j’ai décidé de faire quelque chose d’un peu plus long, d’inclure d’autres images, de faire un peu plus comme une conférence qui présente le livre.

Alphéna: Comment avez-vous construit cette performance?

Elitza G.: Je me suis dit qu’il fallait parler de l’écriture, et en même temps exposer mon travail, tout en prenant en compte le vrai périple de l’écriture puisque je suis passée par plusieurs formes et envies avant de trouver la forme finale. Donc au final, cette performance rend compte de toutes les hésitations qu’il y a eu pendant l’écriture. Donc voilà, je l’ai construite en décrivant plus ou moins par ordre chronologique les événements.

Alphéna: Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous inscrire en master de création littéraire?

Elitza G.: D’une part, c’était la rencontre des professeurs que j’avais déjà eu en licence et qui m’ont parlé de ce master bien avant qu’il existe. Il se trouve que ce livre, j’avais déjà commencé à l’écrire, cela coïncidait avec la création du Master et je me suis dit que c’était plus agréable de le continuer dans ce contexte-là. Je pense que, dans tous les cas, je l’aurai écrit mais c’est vrai que j’ai choisi de le faire dans le carde du Master.

Alphéna: Alors qu’à l’origine, vous aviez plutôt une formation de cinéaste.

Elitza: Oui, j’ai d’abord fait des études de cinéma, j’ai un Master de création cinématographique dans la même université, c’est d’ailleurs un peu l’équivalent en cinéma. J’ai repris plus tard des études en lettres pour peut-être me sentir légitime, à l’époque, je me disais juste que j’allais prendre des cours en littérature et au final, ça m’a vraiment passionnée, je suis restée plus longtemps. Ca a confirmé mes envies d’écriture, même si c’est plutôt l’envie d’écrire qui m’a amené à la fac.

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BDL 2019 Lundi 04/02/19

Retour sur la première journée

Ce lundi 4 février, la 9ème édition des Bruits de Langues démarre à l’université de Poitiers. Le festival s’ouvre par une série de discours de la part de ses partenaires. Des encouragements et des remerciements envers Martin Rass, Stéphane Bikialo et les étudiantes du Master LiMès, organisateur.trice.s de ce festival unique en France. 

« Rencontrer la littérature, la poésie, s’intéresser aux auteurs contemporains, sont de véritables atouts dans notre société. »

Nous dit la vice-présidente en charge de la culture.

Pour clôturer cette cérémonie d’ouverture, un hommage est rendu à Jean-Richard Bloch (écrivain, homme politique, journaliste et poète français du XXème siècle) avec la lecture d’un extrait de son livre Destin du Siècle (Chapitre 3 : Entre Apollon et Marsyas).

Elitza Guerguieva

Elitza Gueorguieva prend ensuite place devant l’assemblée. Lumière tamisée. Décor sombre. Elle nous raconte le procédé qui l’a menée à écrire son premier roman Les Cosmonautes ne font que passer. Pour ce faire, elle utilise une pointe d’humour accompagnée d’objets divers et variés: une photo de son chien, une médaille, une carte postale… Le récit d’une jeune narratrice qui rêve de devenir cosmonaute, comme Iouri Gargarine, dans une Bulgarie post-communiste.

Camille Cornu

Elitza est ensuite rejointe par Camille Cornu, autrice du roman Habilités sociales. Les deux romancières échangent sur leurs différentes expériences. Elles sont en effet toutes les deux issues du Master Création Littéraire de l’université de Paris 8.

Marie Cosnay

16h. La conférence avec Marie Cosnay démarre. Autrice d’une trentaine de livres. Publiée chez différents éditeurs. On ne la présente plus. Elle est venue nous présenter son dernier ouvrage Éléphantesque. Mêlé d’archives et de narration c’est un livre conçu en famille qui malgré le sujet qu’il traite a donné du plaisir à l’autrice.

Alexander Kluge

En fin d’après midi, on contacte Alexander Kluge, cinéaste et écrivain allemand,  via Skype pour une conférence interconnectée. Une rencontre traduite et animée par Martin Rass. Des scènes extraites de sa filmographie viennent imager son cinéma militant, notamment sur l’édition de ses œuvres complètes sous le titre La Chronique des sentiments, deux volumes déjà sortis.

Comment accueillir ?

La journée se termine à l’Espace Mendès-France qui ouvre exceptionnellement ses portes un lundi pour nous accueillir. On y retrouve Marie Cosnay en compagnie de Camille Louis pour un échange sur la langue de l’hôte. Une discussion très émouvante sur la migration et l’accueil des migrant.e.s en France comme ailleurs. 

La langue de l’hôte – enregistrement audio de la rencontre

Une belle réussite pour ce premier jour de festival.