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Ambiances, expériences BDL 2020

Plier une hirondelle

Jeudi 6 février, la rencontre entre Margret Kreidl et Lucie Taïeb, qui devait être « juste » un dialogue entre deux écrivaines, l’une autrichienne, l’autre française, a été introduite par une performance surprise. Comme la lecture inattendue de Lampedusa Beach, la veille, par Céline Sammie, ce fut un moment fort du festival et nous a consolé du fait que le texte français de Eine Schwalbe falten n’était pas encore disponible.

Sümeyra Yilmaz, comédienne, étudiante et amie de Margret Kreidl dans son cours d’écriture au séminaire Max Reinhardt à Vienne, nous a présenté un large extrait du texte en lecture performée. Quelques heures sous la direction de Lucas Ceypek et Margret Kreidl ont suffi pour donner à ce qu’elle même a appelé une improvisation un habit très professionnel et élaboré.

« La chambre a une porte et une fenêtre. Deux ailes. Il y a un chapeau sur la chaise. Une tache jaune, une corde blanche. Les marguerites brillent sur la nappe. Aujourd’hui le lit est bleu. Le rideau tremble. Marron, et chaussettes. Regarde avant de sauter. »

Margret Kreidl, Plier une hirondelle, Les inaperçus, 2020.

Mais je vous laisse juger vous-mêmes. Pour vraiment apprécier la lecture, je l’ai extraite de la vidéo de la rencontre complète.

Plier une hirondelleMise à jour 8 juin 2020 : On peut commander le livre chez les Inarperçus et le trouver désormais en librairie, Nathalie Quintane a écrit une préface et Carole Darricarrère une critique sur Sitaudis

à lire :

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Quintane, N. (2010). Tomates. POL.
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Quintane, N. (2018). Un œil en moins. P.O.L.

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BDL 2020 Jeudi 06/02/20

Dialogue entre Aliona Gloukhova et Elitza Gueorguieva

Le festival Bruits de Langues s’intéresse à toutes les langues. Depuis sa création de nombreux auteurs étrangers sont venus à Poitiers parler de leur travail de création. L’année 2020 fut une fois encore riche en découvertes avec la participation, entre autres, de deux autrices venues des pays de l’est : Aliona Gloukhova et Elitza Gueorguieva.

 

Aliona Gloukhova est née à Minsk en Biélorussie en 1984. ​Après avoir travaillé comme traductrice, journaliste, enseignante et organisatrice culturelle, c’est finalement dans l’écriture qu’elle s’épanouit. Elle publie en 2018 un premier roman aux édition verticales : Dans l’eau je suis chez moi et en février 2020, son second roman De l’autre côté de la peau.

Elitza Gueorguieva est née à Sofia en Bulgarie en 1982. Elle s’exprime à travers l’écriture littéraire, les performances scéniques et les documentaires de création. Elle publie son premier premier roman Les Cosmonautes ne font que passer aux Éditions Verticales en septembre 2016 et en 2017 elle réalise le film Chaque mur est une porte.

Leur travail de collaboration :

Les deux autrices se sont rencontrées en 2015 dans un master de création littéraire à l’Université Paris-8 Saint-Denis. Elles avaient toutes les deux des choses à dire, et elles ont toutes les deux choisi le français pour s’exprimer. Aliona Gloukhova se demande « Est-ce qu’on peut s’approprier une langue qui n’est pas à nous ? ». C’est grâce à cette langue « qui n’est pas à elle » qu’elle parvient le mieux à raconter son histoire.

Le film d’Elitza Guorguiva, Chaque mur est une porte, mélange le documentaire et la fiction. En lisant Dans l’eau je suis chez moi d’Aliona Gloukhova elle a ressenti cette ambiguïté entre le réel et le fictif et s’est lancée dans le projet de réaliser un documentaire sur l’écriture, un film où le réel rattrape et modifie la fiction. Aliona Gloukhova y joue le rôle principal.

Dans le roman d’Aliona Gloukhova il y a beaucoup de poésie, il s’agit d’une manière très imagée de présenter un contexte réel. Elitza Gueorguieva, a affirmé qu’il était très compliqué de raconter une histoire de cette manière-là au cinéma. Le cinéma va être plus frontal mais la poésie va tout de même ressortir de ce film. Les deux autrices ont évoqué l’importance du contexte politique dans lequel elles ont grandi et qui a influencé leurs oeuvres respectives ainsi que la place où on se trouve dans la société. 

La dixième édition de Bruits de Langues mettait cette année en avant la relation complémentaire entre textes, images et sons qui s’accompagnent, se complètent et se confrontent. Les deux autrices sont venues parler avec beaucoup de passion de cette relation complémentaire. Vous pouvez revivre la rencontre en cliquant ici.

 

Margaux Thauvin, Clémence Veryepe

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Ambiances, expériences BDL 2020

Les ateliers d’écriture

Du lundi 03 au vendredi 07 février 2020, le festival Bruits de Langues proposait toutes les après-midi des rencontres et animations autour du livre. 

Nous avons eu le plaisir de recevoir Noémi Lefebvre, écrivaine, musicienne, vidéaste et performeuse. Étant l’invitée d’honneur, elle nous a accompagnés toute la semaine au cours de conférences, projections mais aussi d’ateliers d’écriture qu’elle a animé tous les matins du lundi au jeudi. Ces ateliers ont été suivis par des étudiant.es de Master, en mention Texte/Image, mais également par un public externe à l’Université. 

Au cours de ces séances de trois heures, les participant.es ont pu écrire sur différents thèmes, avec des contraintes d’écriture diverses, et ont pu avoir les retours de Noémi Lefebvre et du reste du groupe grâce à des temps de lecture collective.

Nous allons donc vous partager notre ressenti face aux exercices proposés par Noémi Lefebvre et vous présenter une petite sélection de textes produits lors des ateliers. 

Les ateliers:

Nous avons sorti crayons et imagination pour répondre aux consignes indiquées par l’artiste. Elles étaient pimentées de difficultés, afin de nous faire réfléchir sur la langue et l’écriture.

Un livre ouvert à la page 27 :

Ici, la consigne de l’écrivaine était de se saisir d’un livre imaginaire, ou non, qu’on ouvrirait à la page 27. Il fallait, de cette page, en écrire les mots.

Involontairement cinglée de Camille GEHRINGER, Photographie d’Athénaïs Fiquet

« Et, il s’arrêta. Le vieil homme toussa une nouvelle fois. Ce que le temps lui semblait long dans ce bâtiment. Il observa par la porte vitrée, bien accroché à cette rampe. Une aide soignante l’aperçut et s’approcha. Elle lui demanda s’il allait bien, l’informa de l’animation en cours avant de s’envoler vers d’autres personnes. L’homme aux milles rides soupira. Il n’avait pas tellement envie de se joindre à l’activité. Mais, il voulait s’occuper. Ce que les minutes ressemblaient à des heures, au sein de ces murs. Il ferma ses yeux, les serrant aussi fort qu’il pouvait. Il se rappelait les champs, son vélo d’adolescent. Il entendait le brouhaha produit par ses camarades. Nouveau soupire. Toujours bien accroché, il ouvrit les yeux avant d’avancer de quelques pas. Il jeta, encore, un coup d’oeil aux fenêtres. Et, cette pensée qui ne cessait de se répéter en lui. »

Athénaïs

Une quatrième de couverture :

Pour saisir l’importance de la quatrième de couverture, et la difficulté de résumer un livre en quelques lignes, l’artiste nous en a fait rédiger une.

TOC   

TOC

TOC

Illustration d’Emma Rotolo-Vannier

« Bonjour, je m’appelle LiLi, J’habite sous la falaise d’à côté. Je me demandais si vous ne voudriez pas vous joindre à nous pour la fête des voisins. »

Emma

Oraison funèbre : 

L’écrivaine nous a demandé d’écrire une oraison funèbre. Il fallait la rédiger à partir de détails insolites concernant la personne décédée.. 

« Martine aimait les céréales. Elle les versait dans un bol avec un trait de lait tous les matins depuis ses dix ans. Mais elle ne les aimait pas trop humides, voyez ? Quand elles sont trop spongieuses, ça non, elle n’aimait pas. Elle disait toujours que le petit déjeuner était le repas le plus important de la journée. C’étaient donc des céréales qu’elle tirait son énergie par exemple toutes ces choses incroyables : la lessive, le repassage, la serpillère… Comme vous le savez Martine était secrétaire d’un cabinet médical. Un travail qui l’a passionnée toute sa vie, son ton acerbe, perfectionné au point de presque pousser les patients à s’excuser de la déranger a été son œuvre la plus notable bien que nous ne pourrions plus nous regarder en face si nous oublions son talent pour écorcher les noms. »

Clémence

« Fabrice était un grand homme dans sa petitesse et sa bassesse. Nous perdons un fils, un père, un frère, un collègue, un homme qui portait des chaussettes à motif, un amant qui les gardait pendant l’amour. Fabrice était un cuisinier hors pair, un maestro capable de faire d’un plat de pate au beurre un plat de pates au beurre. Qui n’a pas connu grace à lui la valeur du silence lors de conversation dénué d’intérêt ? Fabrice était un homme bon et tolérant, capable d’écouter les insultes de ses enfants sans rien dire. Sa grande tolérance allait jusqu’à lui faire dire « pardon » à l’homme sortant du lit de sa femme. Nous ne pouvons que regretter un homme si compréhensif et généreux, toujours prêt à donner son porte monnaie aux premier inconnu cagoulé dans la rue. »

Lou

Promenade collective : 

Ici, l’invitée d’honneur nous initiait à l’écriture collective. La consigne était la suivante: nous étions en promenade imaginaire, dans un paysage naturel. Nous devions décrire cette escapade. Et, il nous fallait parler à la première personne du singulier. Le but était de découvrir ce que produisait l’enchaînement des différents textes au cours de leur lecture.

Photographie d’Athénaïs Fiquet

« Est-ce qu’ils ont refait ce sentier ? Ce sentier qui m’est normalement si familier… Ça fait si longtemps que je n’ai pas marché comme ça, sans penser à rien. Tiens des coquelicots, oh des pissenlits. Est-ce que je souffle dedans comme quand j’étais plus jeune ? […] Je suis un idiot. Aïe ! Je l’ai pas volé ce coup de branche. Pourquoi est-ce qu’elles sont si basses ces branches ? On venait souvent ici. Mais maintenant on ne vient plus. Je suis seul. Complètement seul. Oh tiens un écureuil. Coucou l’ami. Mon seul ami. »

Angélique

« Il y a la mer, là, et les cailloux sous mes pieds, qui roulent, roulent comme les roues de mon premier vélo sur le bitume. Le son du frottement encore dans mes oreilles, les larmes de la vitesse dans mes yeux dans la pente menant jusqu’à la poste. Une mouette passe, jacassant. Apprendre les espèces d’oiseaux, les reconnaître à l’oreille, ce n’est pas dans mes cordes, ça n’a pas été enseigné à l’école, ni par mes parents. Pas plus que remplir mes impôts ou poser ma démission d’ailleurs. Quel boulot de merde… Puis le chômage, le loyer, Pôle emploi, est-ce bien prudent ? L’air marin n’apporte aucune réponse, seulement du sel… Le sel… Il faudra en racheter. Pâtes ce soir ? Oui, clairement il faut du sel. Plus rien d’autre à flanquer à la casserole, chaque économie compte. A moins que… pas de démission ? Et les cailloux qui roulent, roulent, s’emportant les uns les autres. »

Clémence

Haïku :

Le Haïku est un genre poétique japonais, suivant la forme de trois courts vers. En s’inspirant de cela, nous devions réaliser un texte contemplatif à la chute insolite.

Natsume Soseki

« Le torrent d’eau s’abat là 

Emporte tout dans son tourbillon incessant 

Et puis le calme, la machine à laver s’est arrêtée »

Angélique

« Le vent souffle dans les branches de l’arbre 

Le tronc grince, les feuilles crissent 

Paf ! Sur ma tête une pomme de pin. »

Alexandra

Ces divers exercices ont permis à tout un chacun d’en retirer une expérience personnelle, et de fait, particulière. Nous allons, désormais, nous intéresser à ce que ces ateliers ont pu produire, induire et faire naître en chacun de nous. Pour ce faire, nous avons récolté les avis et les ressentis des participants.

Avis et ressentis:

Photographie d’Emma Rotolo-Vannier

Qu’ont donc apporté ces ateliers d’écritures? Qu’est-ce que, personnellement, a-t-on pu ressentir? Quels ont été les divers avis? Voilà des questions auxquelles les participants ont accepté de répondre. Nous vous communiquons, à la suite, leur points de vue.

« Je n’ai pas forcément l’habitude d’écrire, pourtant j’ai trouvé qu’il s’agissait d’un exercice intéressant. Il était même original. Pour ce qui est du rythme, c’était dynamique. Et, j’ai trouvé que Noémi Lefebvre avait des remarques enrichissantes, autant par ses retours que ses conseils. J’ai apprécié, aussi, qu’elle ponctue la séance de ses anecdotes d’écriture. Elle était marrante et très honnête. »

Jeanne

« J’ai apprécié l’exercice, que j’ai pensé intéressant et original. De plus, c’était sympathique de voir Noémie Lefebvre dans un cadre moins formel. Pendant les ateliers, elle n’hésitait pas à donner des anecdotes sur son travail d’écrivaine. Elle était aussi franche. J’ai trouvé qu’elle nous laissait toujours libres de faire ce qu’on voulait, et se laissait surprendre par ce qu’on écrivait. Elle n’était pas dans une optique verticale. En effet, elle demandait régulièrement l’avis des participantes. Ca donnait, parfois, des échanges avec des points de vues assez variés. »

Clémence

« Les ateliers étaient particulièrement sympathiques, et ils ont même constitué une belle découverte pour moi. Les sujets proposés par Noémi Lefebvre étaient originaux. Je trouvais que lire ses écrits à voix haute était un peu gênant mais, ça permettait d’avoir le point de vue des autres, leur imaginaire ou leur vision du monde. Et, c’était intéressant de découvrir cela. »

Alexandra

« Pour ma part j’ai beaucoup aimé cet atelier d’écriture, surtout le deuxième jour. Le premier jour je n’avais pas trop saisi où voulait en venir Noémi, j’avais l’impression de ne rien écrire d’intéressant, que les sujets donnés ne permettait pas de développer un texte, etc. Mais avec le deuxième j’ai compris que son processus était avant tout de nous faire réfléchir sur l’écriture même, sur les différents outils du langage etc. Et non pas juste produire un texte à partir d’une thématique. Ca correspond bien au travail général de Noémi et j’ai l’impression d’avoir appris des choses donc je suis globalement satisfaite ! »

Lou

« J’ai beaucoup apprécié cet atelier. Et une phrase de Noémi m’est restée en tête lorsqu’elle disait que pour étudier le littéraire, il fallait nous mêmes le pratiquer et ne pas hésiter à écrire sur n’importe quel sujet et sous n’importe quelle forme. Ce qui m’a vraiment marquée c’était le travail sur la langue : penser à notre manière de dire plutôt que se référer à ce qui est déjà convenu, donc de mon point de vue elle nous a amenés à développer notre propre langage. Et c’était touchant d’entendre, lors des restitutions, les écrits de chacune car on entrait dans des univers complètement différents. C’était intime et bienveillant du coup une très belle expérience ! »

Marie-Lou

Les différent.es participant.es se rejoignent sur leurs appréciations, concernant l’atelier mais aussi la médiatrice de celui-ci. En effet, ils ont particulièrement apprécié la qualité de l’exercice proposé et son originalité. Mais, il.elle.s mettent en avant l’ouverture d’esprit, la capacité à écouter et à partager de l’autrice. Tous et toutes ont été conquis par l’honnêteté de l’artiste et sa proximité avec eux. 

Crédits:

Photographies : Emma Rotolo-Vannier, Athénaïs Fiquet.

Photographie 2 : Livre Involontairement cinglée, Camille Gehringer, éditions Vérone, paru en 2018.

Photographie 3 : Illustration d’Emma Rotolo-Vannier.

Photographie 5 : Auteur Natsume Soseki.

Article écrit par Athénais Fiquet et Angélique Mouillard

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Mercredi 05/02/10

La soirée des Fossoyeuses de Littérature

Mercredi 5 février, une soirée animée par les Fossoyeuses de littérature s’est tenue à la Fanzinothèque, partenaire de Bruits de Langues.

La Fanzinothèque est un lieu dédié aux fanzines et à la microédition. Au-delà de la collection et de l’archivage, l’objectif est également de les valoriser. L’endroit accueille régulièrement des expositions ainsi que des ateliers de sérigraphie, autant auprès d’élèves que de publics empêchés.

Les Fossoyeuses fouillent la littérature pour en extraire des textes engagés, écrits par des femmes, non publiés ou peu diffusés, afin de partager leur vision du monde. Ce soir, le focus se portait sur le travail, le féminisme et la colère féminine. Les textes choisis étaient québécois et français.

La Fanzinothèque a accueilli les visiteurses dans une ambiance tamisée. Des temps de parole aménagés entre chaque lecture, accompagnés d’un petit buffet, permettaient d’engager la conversation entre les spectateurices et les Fossoyeuses de littérature.

« Tchekez ben ça j’vas écrire sur la violence
Celle qu’on cherche pas
Celle qui nous abrille dès la naissance
Comme une couverte passée de mère en fille
Un trousseau de violence
Un sac à dos de violence
R’garde mes épaules
Chargées mille fois
Mon dos bendé
Musclé
Meurtri
Mon épaisseur
Ma transparence
La trace des autres dans tout mon corps
Et le grain rude de ma voix »

J’essaye fort, Marjolaine Beauchamp, Folles Frues Fortes, éditions Tête dure, 2019

Lucie Guichard, Clémence Jamet

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BDL 2020 Mardi 04/02/20

Poétique de l’emploi – Noémi Lefebvre

Cette année, Noémi Lefèbvre était l’invitée d’honneur du festival Bruits de Langues. Présente la semaine entière, elle nous a parlé de son dernier livre Poétique de l’emploi, paru aux éditions Verticales en 2018, que vous pouvez visionner sur le site UPTV. Elle a également coanimé la soirée Ecrits/Ecrans, en partenariat avec le festival Filmer le Travail. Elle y a présenté deux de ses courts-métrages, Poétique de l’emploi et Entreprise culturelle. Elle a de plus animé des ateliers d’écriture pour deux classes de Master. Vous pouvez aussi la retrouver sur son blog Mediapart.

Nous vous proposons ici un aperçu de son ouvrage Poétique de l’emploi. Ce livre suit la crise existentielle d’un.e jeune sur le seuil entre adolescence et âge adulte, encore pris dans les mailles du filet parental et agité de velléités d’indépendance. Cette personne en devenir se débat entre la poésie et le contexte social houleux dans une quête maladroite de repères.

            La figure paternelle

« La raison d’un père est de toutes les raisons la plus contraire à la poésie. »

Omniprésente, la figure du père accapare le personnage. Ce dernier, conscient de son insignifiance à cause de cette voix qui le lui rappelle constamment, se débat pour trouver des re-pères qui pourraient remplacer ce père totalitaire. Comme des cairns au fil du livre reviennent régulièrement rêveries suscitées par la drogue : un champ de betteraves, des corneilles. En l’absence de meilleures marques, l’absence de la capacité d’en créer, ce sont les hallucinogènes qui les fournissent. Artificiellement, le personnage se façonne son propre terrain, sur lequel son père, lucidement identifié comme son surmoi, se tait.

« Plus j’y réfléchis et moins je trouve de façon d’en sortir, souvent je rêve d’avoir un jardin personnel mais c’est de l’utopie, je n’ai pas de terrain »

Le surmoi est un rappel de la dépendance des enfants. Aux prises avec le sien, le personnage bataille dans son apprentissage du devenir-soi. Fréquemment le père déclare que « ce n’est pas le IIIe Reich ». Pourtant, le IIIe Reich était organisé autour d’une figure paternelle très forte (le Führer), qui était pensé comme ne voulant que le bien de la nation qu’elle dirigeait. De la même façon, le surmoi du personnage ne veut que le bien du personnage, il pense le mener dans le « droit chemin », quoi que cela signifie, et le personnage doit lutter pour se détacher de lui.

Le régime nazi assimilait le Führer au père de la patrie. Cette confusion entre la société et la famille peut se retrouver dans le livre de Noémi Lefebvre dès que l’on considère le père comme allégorie des injonctions sociales.

« Il veille à me rappeler sans cesse la différence entre moi et les gens afin que je ne sois pas quelqu’un parmi les gens mais bien toujours personne parmi personne. »

La poésie est mise en opposition à la figure paternelle. Elle représente le chemin pour s’extraire de son ubiquité, réclamer son droit d’exister en tant qu’individu unique, elle est le moyen que le personnage a trouvé pour grandir, être autonome et indépendant.e – aspiration que le personnage apprend à affirmer au fil des pages. Si le père est allégorie de la pression sociale, alors la poésie devient une façon d’être au sein ou en dehors de la société, notamment une façon plus humaine d’être.

Lyon – Quais de Saône

            Le cadre sociopolitique

2016, les évènements anxiogènes se bousculent :

C’est l’état d’urgence en France après une année passée frappée par les attentats. S’y ajoute en ce début d’année un projet de loi travail qui promet de casser les acquis sociaux et qui provoque des révoltes étudiantes pleines de désillusion.

La problématique qui hante le narrateur est l’impératif de trouver un emploi, un travail effectif où « tu es à disposition, tu te conformes et tu n’es pas libre ». Avoir un travail l’angoisse presque plus que d’en chercher un, alors iel évite de rechercher. Pourquoi vouloir asservir son temps et sa liberté ? Le mythe d’une carrière épanouissante est depuis longtemps tombé en désuétude et iel en a conscience.

Alors le protagoniste profite de ce temps libre si précieux et flâne « dans la bonne ville de Lyon » en méditant ses angoisses au fil des nuages de lacrymo et d’étudiant-es fuyant les matraques des CRS à Bellecour, des contrôles au faciès de plus en plus brutaux sur les quais et des militaires armés d’inquiétantes mitraillettes patrouillant dans les rues passantes. La politique étatique de renforcement de la sécurité lui laisse un goût amer d’oppression.

Dans un tel contexte, les idées nationalistes d’extrême-droite fleurissent. « Sans honte et sans reproche » les fascistes tractent tout sourire : « On est chez nous ! », sentence familière mais toujours incomprise par le personnage qui n’arrive pas à démêler qui est « on » de où est « chez nous ».

 Pour l’accompagner dans ses réflexions, iel invoque Viktor Klemperer et Karl Kraus et cherche des réponses dans leur expérience du nazisme. Les médias, le langage, la peur ; quels sont les instruments de la montée du fascisme ?

            Le langage

Les nombreuses mentions à Klemperer et Kraus, deux intellectuels intéressés par les utilisations de la langue et ayant connu le nazisme, permettent au personnage de retracer un parallèle entre le devenir de la langue au XXe et aujourd’hui. Klemperer théorisait l’idée que le langage avait été vidé de son sens. Les formules toutes faites rigidifient la langue et l’appauvrissent. Cela a simultanément pour cause et conséquence d’appauvrir la pensée, dépendante de la langue. Ce phénomène a été, selon Klemperer, un outil pour la montée des fascismes en leur facilitant la propagation de leur vision du monde. En effet, la langue est performative, c’est-à-dire qu’elle façonne les perceptions et représentations que les individus se font du monde. Qui contrôle le langage dispose d’un moyen de contrôle de la pensée.

Ce sont les réflexions qui occupent le personnage de Poétique de l’emploi et qui le mènent à travailler son esprit critique, à remettre en question les éléments de langage prêts-à-consommer qu’iel reçoit. Iel trouve refuge dans la poésie, façon alternative d’aborder la langue, en la déconstruisant pour lui redonner du sens. Iel amène une conception moderne de la poésie qui se remet sans cesse en question et peut se retrouver dans les éléments les plus prosaïques. En référence à Rainer Maria Rilke, le personnage apporte dix leçons qu’iel adresse aux poète.sse.s en les appelant à repolitiser leurs productions.

« Ta vie n’a pas d’importance, l’Univers n’a pas d’importance, les détenteurs de la violence légitime ont toute l’importance et les conséquences de l’importance de ces irresponsables sont si considérables que tout ce que tu peux dire n’est vraiment rien du tout »

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BDL 2020 Mardi 04/02/20

Groenland Manhattan – Rencontre avec Stéphane Milleret et Sébastien Tron

Résumé de la bande dessinée :
En 1897, Robert Peary, explorateur ambitionnant d’atteindre le Pôle Nord, décide de ramener à Manhattan une famille d’Inuits que s’empressent d’étudier les scientifiques américains. Mais lorsque la famille est décimée par la maladie, c’est seul, dans une civilisation inconnue, que le jeune Minik est forcé de vivre. Inuit à Manhattan, Américain au Groenland, il entame une lente quête identitaire pour tenter de trouver l’endroit où il se sentira finalement chez lui.C’est le récit que présente la bande dessinée Groenland Manhattan de Chloé Cruchaudet, adaptée en BD-concert par Tony Canton.

Affiche du BD-Concert

Table-Ronde : Quels contours pour adapter en musique une œuvre papier ?
En présence des musiciens Stéphane Milleret et Sébastien Tron et animée par les étudiantes du master Clémence Jamet et Emma Rotolo-Vannier.

Lors de cette table-ronde en présence d’élève ayant travaillé sur la bande dessinée de Chloé Cruchaudet et le public de Bruits de Langues, les deux artistes nous parlent de leur méthode de travail et des réflexions qu’ils ont pu avoir lors de la mise en note de Groenland Manhattan. À la suite de la rencontre une petite interview a été réalisée et vous permet d’en apprendre plus sur la suite des aventures !

Un autre moyen de vivre la bande dessinée !

Le 4 février, la Maison des Etudiants a co-organisé, dans le cadre du festival Campus Sonore, la soirée BD-Concert. Les spectateurs ont ainsi pu découvrir la bande dessinée de Chloé Cruchaudet en musique : une expérience totalement singulière ! Cette année, dans le cadre du projet accessibilité en partenariat avec l’association Handisup, la soirée était également accessible aux personnes sourdes et malentendantes : une quinzaine de gilets “subpac” était à leur disposition et leur transmettait la musique par vibrations. Une initiative réussie qui allait de paire avec le reste de la soirée. Musiques et dessins se sont entremêlés pendant un peu plus d’une heure pour offrir au spectateur un voyage au-delà les frontières, lui faisant partager les émotions du protagoniste. Les voix et les instruments des deux musiciens multi-instrumentistes accompagnaient les images de la bande dessinée, montées en diaporama dynamique, et nous ont fait plonger au coeur d’une histoire bouleversante.

“ Une histoire touchante, émouvante, révoltante par moment. J’en garderai le souvenir longtemps ! ”

Spectatrice du BD-Concert

Par Annaëlle Quiertant, Élodie Gouraud et Coralie Sanchez

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BDL 2020 Mardi 04/02/20

Rencontre avec Alexandre Seurat

« Le train arrive dans combien de temps ?

Dans 10 minutes à peu près…

Allez viens, je t’offre un café en attendant. »

Ainsi continuait ce mardi 4 février, deuxième jour du Festival Bruits de Langues. Nous attendions avec impatience l’arrivée de notre invité, sélectionné par l’ensemble des étudiant.es du M1 Limès, Alexandre SEURAT. (Précédé, quelques minutes après par notre « coach » Guénaël Boutouillet.)

15h30. Les gens arrivent petit à petit dans la Salle des Actes. Il faut y aller, la rencontre va démarrer. On inspire un grand coup et c’est parti : « Bonjour à toutes et à tous. Bienvenu.es pour cette deuxième journée du Festival bruits de Langues qui débute avec Alexandre Seurat, que nous recevons avec grand plaisir. »

ESPACE

Alexandre Seurat, agrégé de Lettres, est l’auteur de 4 romans publiés aux éditions du Rouergue. Son premier, La Maladroite, paru en 2015, s’inspire de faits divers et décrit l’histoire d’une petite fille martyrisée par ses parents. Un an plus tard paraît son second roman L’administrateur provisoire, une enquête familiale qui cache un secret de famille et se transforme en enquête historique. Puis, en 2018, Alexandre Seurat publie Un funambule, où il explore les failles qui composent une famille. C’est la prémisse de son dernier roman Petit frère, qui a fait l’objet de notre rencontre.Entre le déchirement d’une famille et la culpabilité d’un grand frère, c’est avec sensibilité qu’ Alexandre Seurat nous donne à réfléchir sur les complexités relationnelles qui règnent au sein de toute famille.

Bien que le sujet abordé ne soit pas sans gravité, Alexandre Seurat s’est confié en toute simplicité et s’est pris au jeu de nos questions.

17h. La rencontre se termine, il faut laisser la place pour la suivante. La bonne nouvelle c’est que la séance de dédicaces avec Alexandre Seurat va pouvoir commencer !

Cliquez ici pour retrouver l’intégralité de la rencontre en vidéo !

Elodie Andrieu et Manon Robin, animatrices de la rencontre

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BDL 2020 Lundi 03/02/20

Passe-moi le texte avec Christophe Pellet

Qui est Christophe Pellet ? 

Christophe Pellet, diplômé de la FEMIS en 1991, a reçu le Grand Prix de Littérature Dramatique pour La Conférence, et la Bourse Villa Médicis Hors les murs pour Loin de Corpus Christi. Depuis la fin des années 90, il a écrit plusieurs pièces de théâtre, la plupart éditées chez L’Arche Editeur. 

Son écriture pour la scène est influencée par son amour pour le cinéma : l’auteur scrute ses personnages en gros plan et décrit avec minutie l’univers dans lequel ils évoluent. La grande attention qu’il porte au travail des acteurs s’éprouve dans la qualité et la pudeur des dialogues, où les non-dits, sont souvent plus importants que les mots prononcés. 

© Jean-Philippe Cazier

Qui a peur du loup? 

Dans un pays ravagé par une guerre qui s’achève à peine, Dimitri, un garçon de huit ans grandit seul. Mira, sa mère, est partie travailler en France tandis que Sandor, son père, continue à faire la guerre dans un pays voisin. Livré à lui-même, l’enfant rêve la nuit de rejoindre les êtres qui lui manquent sur son skate. À l’école, sa copine Flora dessine des animaux sauvages et tient à le dessiner en renard, mais Dimitri préfère les loups. Un jour, Flora cède et le maquille. Alors, Dimitri se transforme en un véritable petit loup et s’enfuit dans la forêt. La première pièce de Christophe Pellet destinée à un jeune public est un texte poignant sur la violence de l’abandon et l’imagination, refuge de l’enfance.

Passe-moi le texte 

Passe-moi le texte propose un programme annuel de lectures-rencontres autour de textes d’auteurs et autrices de théâtre contemporains. Ce lundi 3 février 2020, Christophe Pellet et son ouvrage Qui a peur du loup ? Était à l’honneur. Cette lecture a été effectuée par les élèves de M2 assistanat à la mise en scène de l’Université de Poitiers dirigés par Mathilde Souchaud. Après une lecture mise en scène à la Comédie Poitou-Charentes, lecture théâtralisée sous les yeux de l’auteur, une rencontre avec ce dernier a eu lieue. L’auteur a pu parler de son livre, de son écriture, de sa relation autant avec la littérature que le théâtre et le cinéma. L’échange a été très constructif et a permis de comprendre le rapport ambiguë que la littérature peut avoir avec le théâtre et la valeur ajoutée qu’une lecture orale peut avoir sur un ouvrage écrit. 

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BDL 2020 Lundi 03/02/20

Rencontre avec Chloé Wary et Morgane Parisi

Pourquoi visionner l’enregistrement d’une rencontre d’un festival au nom aussi étrange que Bruits de Langues ? Qu’a à voir le bruit avec le graphisme, art silencieux s’il en est ? Il s’avère, de fait, que les images parlent, nous parlent, dans leur langue bien à elles. Si leur bruit est plus discret que celui de la voix, il existe bel et bien. Laissez-nous vous en convaincre, si cela peut vous décider à écouter nos invitées.

Commençons par vous les présenter.

Morgane Parisi, artiste depuis toujours semble-t-il, puisque déjà son bac était spécialisé dans les arts appliqués. Elle couple l’expérience d’un master bande dessinée à Angoulême et d’un master d’anthropologie sociale à Bordeaux. Sa passion est la vulgarisation scientifique, au service de laquelle elle met ses talents d’illustratrice et de graphiste. Son format privilégié est l’affiche, car la narration y est inscrite dans son intégralité ; elle peut être embrassée en un regard. Elle crée donc des affiches aux lectures multiples et variées, où l’humour se cache même au cœur des thèmes qui sont en apparence les plus sombres, telles que la mort et les catastrophes écologiques. Son autre sujet favori ? Vous l’aurez bien sûr deviné en voyant le titre de la rencontre !

Chloé Wary, artiste depuis… hé bien depuis toujours aussi, semble-t-il. Elle obtient un diplôme des métiers d’art et suit une formation complémentaire afin de se spécialiser dans la bande dessinée. Elle n’a pas peur de creuser et de s’enfouir dans de longues recherches documentaires afin de réaliser ses ouvrages – lorsqu’elle n’émaille pas son compte Instagram d’illustrations hautes en couleurs. Ses albums traitant de la conduite des femmes en Arabie Saoudite et les clubs féminins de foot, vous aurez compris la raison de sa présence à cette rencontre.

Maintenant que vous êtes plus familier.ère des faits et gestes de nos invitées, difficile de vous cacher qu’écouter leur rencontre vous apprendrait beaucoup. Elles y abordent la place de la femme dans la bande dessinée française et les évolutions du milieu, la difficulté d’induire la non-binarité lorsque les lecteurices attribuent automatiquement un genre aux personnages (même ceux en forme de patate), mais également la place du féminisme dans leur travail et notamment lors de l’élaboration de leur œuvre. Le féminisme a-t-il une charte graphique aujourd’hui ? Est-ce que choisir une thématique féministe implique une façon de travailler différente ? Puisque la fin s’atteint par des moyens, Morgane Parisi et Chloé Wary réfléchissent au lien texte-image. Pourquoi parler avec une image lorsque l’être humain dispose des mots ? Une image peut-elle être autosuffisante ou nécessite-t-elle du texte ? Permet-elle d’atteindre un public élargi ?

Osez me dire que vous n’êtes pas curieux.se de découvrir les réponses à ces questions ! Nous vous garantissons que cette rencontre convient aux misophones*.

Le Bruit est là. Etes-vous prêt.e à l’entendre ?

Cliquez ici pour retrouver l’intégralité de la rencontre en vidéo !

*Misophonie : forte aversion aux sons, notamment ceux provoqués par les bruits de bouche

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BDL 2020 Lundi 03/02/20

Black Is Beltza – Fermin Muguruza

En 2014, Fermin Muguruza écrit le roman graphique Black is Beltza avant de le réaliser en film en 2018. Black is Beltza raconte l’histoire de Manex, un basque, qui, tout au long de l’intrigue va faire la rencontre de femmes et d’hommes aux quatre coins de la terre (de Mexico à Montréal en passant par Alger et Cuba) pour lutter pour les droits civiques. Fermin Muguruza aborde ainsi le thème de la Guerre froide, des mouvements de libération des peuples et de la révolution sexuelle des années 60. En effet, on se situe en 1965 à New York et on est dans un contexte de ségrégation raciale très implantée. Manex, rebel et révolté veut changer cela. L’histoire débute par le défilé des géants de Pampelune lors de l’exposition universelle de 1965.

L’adaptation d’une bande dessinée en film d’animation, une fusion des arts au service de l’esthétisme :

Pour son film d’animation Black is Beltza, Fermin Fermin Muguruza voit les choses en grand. En effet, il fait appel à des professionnels du monde de l’audiovisuel. C’est le cas par exemple du dessinateur et coloriste José Homs, publié chez Dupuis et Dargaud, à l’origine de la bande dessinée Shi et de l’univers graphique de Millénium. Parmi les autres artistes, on peut citer Pepe Boada, dessinateur de bd et cinéaste, Mikel Antero, auteur de la bd Lami, et Iñaki Holgado, illustrateur de la série bd Verdun. Ensemble, ils ont su recréer les personnages, les décors et les paysages de la bande dessinée. De leur côté, Mariona Omedes et Karin du Kroo se sont chargées des illustrations que l’on voit apparaître tout au long du film et qui confèrent un aspect réaliste aux évènements. Ainsi, ces artistes sont parvenus à retranscrire l’univers de Fermin Muguruza à l’écran afin de donner vie à Manex et aux autres personnages de la bande dessinée. Néanmoins, le projet de fusion des arts ne s’arrête pas là, puisque Fermin Muguruza donne une importance capitale dans son film à la musique, et notamment au jazz. La bande-son comporte des morceaux des années 1960 mais la musique du film a quant à elle était écrite pour le film Black is Beltza, en collaboration avec différents artistes : Maika Makovski, Anari, Iseo, Yacine, Amel Zen, The Sey Sisters, Ceci Bastida, Ana Tijoux ou encore Manu Chao.

Le médium, c’est le message :

Cette fusion des arts (arts graphiques et arts musicaux) opérée par Fermin Muguruza permet de passer d’un médium à un autre : de la bande dessinée à un film d’animation. Pour quelles raisons l’auteur a-t-il souhaité adapter sa bande dessinée à un autre support ? Quel est le rôle de la transmédialité dans ce contexte-là ? Le passage de la bande dessinée au film d’animation a tout d’abord pour but de reconstruire la structure du récit. En effet, le fil conducteur présent tout au long du film, c’est-à-dire la scène où Manex et son ami sont arrêtés par la Guardia Civil à la frontière, n’apparaît pas dans la bande dessinée. Cette scène, qui introduit les différentes étapes du voyage de Manex, permet ainsi de rendre le récit bien plus clair pour le spectateur et introduit une tension propre au film. Mais l’objectif de cette transmédialité ne s’arrête pas là, et nous allons maintenant nous intéresser au lien qu’entretient Fermin Muguruza avec la musique. Au départ musicien dans un groupe indépendant, Fermin écrit depuis toujours des textes engagés. Pour lui, la musique est un moyen de défendre la culture et de lutter contre toute forme d’oppression. Par ailleurs, la musique permet de choisir le rythme du film d’animation, et de montrer une nouvelle facette des révolutions légèrement différente de celle proposée dans la bande dessinée.

« Ce que je souhaite : instaurer la paix à travers la musique »

Fermin Muguruza

Outre le combat contre l’oppression, la musique est pour l’auteur un moyen de faire communauté, de faire joie. Au début de son voyage, Manex rencontre Rudy, interprété par Angelo Moore, qui lui confie ceci : « si tu ne danses pas, tu es mort ». Ainsi, la musique permet de lutter pour le droit à faire la fête et pour le droit de vivre. Elle vient donc compléter la bande dessinée Black is Beltza et offre au film une toute nouvelle dimension, plus profonde et plus engagée. La transmédialité du projet permet également à Fermin Muguruza de créer une expérience interculturelle générée par le casting du film Black is Beltza. En effet, parmi les voix originales on retrouve Unax Ugalde, qui prête sa voix au protagoniste, Manex, Isaach de Bankoli qui joue Wilson Clever, Iseo qui joue Amanda ou encore Ramon Agirre qui joue Xebero pour en nommer quelques-uns. Ce casting vient donc enrichir la bande dessinée et semble encore un fois redonner vie aux personnages de Black is Beltza, en plus d’apporter une dimension multiculturelle. Dès lors, l’adaptation de la bande dessinée Black is Beltza en film d’animation présente certains avantages : elle permet une meilleure compréhension du projet Black is Beltza et introduit une dimension interculturelle à l’œuvre de Fermin. Le film d’animation remplit alors une fonction pédagogique puisqu’il montre une nouvelle image des combats de l’époque bien loin de celle racontée dans les manuels scolaires classiques.

Marie Jolivet, Nina Guyot et Ilona Riou-Artus